mercredi 28 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (7)

L’accueil du père :

Bien que ce soit le fils prodigue qui, dans sa détresse, ait décidé, sous l’impulsion d’une tristesse selon Dieu : 2 Cor 7,10, de revenir vers le père, c’est lui, le père, qui, le premier, verra de loin revenir le fils. De tous les êtres qui existent, Dieu est, sans nul doute, celui qui a la meilleure vue. Dieu, d’ailleurs, contrairement à nous, voit bien au-delà des réalités physiques. Il voit, Il lit dans les cœurs, réalité qui, en son temps, suffira à convaincre un Nathanaël de la messianité du Christ : Jean 1,48. Avant même que le fils soit proche de lui pour lui dire ce qu’il avait préparé, le père, de loin, l’a vu arriver. Certes, les paroles du fils seront nécessaires, surtout pour lui. Mais, le père n’apprendra rien. La simple vue du fils suffira pour lui narrer sans mot toute l’histoire et le vécu du fils : les habits sales, la tristesse, l’air défait, la honte sur le visage, mais aussi le courage, l’espoir qui sont à l’origine du retour…

N’y tenant plus, le père, dit Jésus, court, se précipite vers le fils pour se jeter à son cou et l’embrasser. Il sert contre lui ce fils ingrat, marqué de la tête aux pieds par les traces de son péché, méconnaissable dans l’apparence, mais que, par ses gestes, il dit reconnaître comme son fils. Tel est le Père, montre Jésus, pour nous fils rebelles, un Père si habité par l’esprit de la grâce qu’aucune faute, qu’aucun éloignement, si longs, si profonds furent-ils, ne L’empêche, au moment de notre retour, de nous accueillir avec les plus grands transports d’amour et de tendresse. Si, jusqu’à présent le fils n’avait pas connu le père, ici, enfin, il le découvre. Et la découverte va le conduire de surprise en surprise.

Après les effusions, le temps nécessaire aux paroles est venu. Si le fils est accueilli avec tant d’amour par le père, la guérison, la réconciliation entre eux ne peut se passer de la confession. Si, comme déjà dit, elle est secondaire pour le père, elle est primordiale pour le fils, pour sa guérison et sa libération. Le père écoute donc ce que le fils a à lui dire, ce qu’il a préparé. Le fils n’aura pas le temps de tout dire. S’il peut entendre les deux premières propositions de sa confession, nulle question pour lui d’écouter la dernière. Le fils revient et c’est en tant que fils qu’il sera accueilli. Nulle question, à cause de ses fautes, de rabaisser son statut à celui d’employé comme il le souhaitait. Ce n’est pas à lui d’expier, même un tant soit peu pour ses fautes ; Quelqu’un d’autre l’a fait pour lui, pour nous : Jésus-Christ : 1 Jean 2,2.

Le père va même plus loin. Le fils revenu, il faut marquer ce jour d’une pierre blanche. Ce jour ne peut être commun, comme les autres : c’est un jour de fête. Le père donne donc ses directives à ses serviteurs :

1. il faut rhabiller le fils : sa tenue actuelle ne convient pas à son nouvel état. Le fils est revenu et il doit porter l’habit du fils, non celui d’un mendiant. Ordre est donné d’aller chercher la plus belle robe pour le revêtir, pour nous la robe de la justice de Christ : Gal 3,27 ; cf Zach 3,1 à 5.

2. Il faut signifier de manière visible la réintégration du fils. Une bague est mise à son doigt. Les Ecritures rattachent souvent l’anneau donné à l’honneur public : Gen 41,42 ; Esther 3,10 ; 8,2. La gloire et la dignité du fils égaré sont ici rétablies.

3. Il ne faut plus que le fils marche pieds nus comme un esclave. Ordre est donné de le chausser de sandales, car les fils seuls, dans la maison du père, en portaient. Le don des sandales au fils indique pour nous que, désormais, nous n’avons plus à marcher dans ce monde comme le reste des hommes, mais comme des fils de Dieu : cf 1 Cor 3,1 à 4

4. Il faut fêter avec toute la maison l’événement. Ordre est donc donné de tuer le veau gras, celui qui est mis à part pour les jours de réjouissances, pour faire la fête et célébrer ainsi du retour à la maison du fils perdu. Il y a plus de joie au ciel, a dit Jésus, pour un seul pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de repentance : Luc 15,7

Et pour nous, qu’en est-il ? Sommes-nous, avec le Père, capables de nous réjouir du retour d’un fils perdu ou, comme le frère aîné, froissé et blessé de ne pas être au centre de l’attention ?

mardi 27 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (6)

b. Un père oublié, mais incontournable

Si l’on ne lit plus rien sur le père pendant la période insouciante de l’escapade du fils, ce n’est évidemment pas parce qu’il n’existe pas. Le père est là. Pour sa part, chaque jour, il pense au fils. A ce stade de l’histoire cependant, le fils, quant à lui, est incapable de penser au père. Emporté, aveuglé par ses passions, le père ne fait plus partie du champ de ses pensées. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement ? La pensée du père ne pourrait que gâcher la fête.

Il est impossible à quiconque rompt avec Dieu pour vivre sa vie comme il l’entend de garder longtemps une conscience vive de Dieu. l’un des pouvoirs du péché est d’anesthésier à la fois notre conscience et notre mémoire. Certes, le péché n’a pas le pouvoir d’effacer entièrement de la mémoire le vécu, mais il peut faire en sorte que, pour un temps au moins, le passé ne pèse pas sur le présent. Ne nous étonnons donc pas si, à notre grande stupéfaction, d’anciens croyants retournent dans la boue du monde sans que cela ne semble les tourmenter. Le sommeil de leur conscience témoigne de l’aveuglement dans lequel ils sont tombés.

Absent dans la période de l’insouciance, le père est immédiatement présent lors de celle du réveil de la conscience. Tous les malheurs du fils, il le sait, viennent d’une seule cause : sa décision de s’affranchir du père. Aussi ne faut-il pas longtemps pour le fils réveillé pour faire le diagnostic exact de la cause de son malheur et formuler le remède à appliquer : retourner vers le Père.

Un des signes certains de la preuve d’une réelle conviction de péché dans une vie se trouve dans le poids qu’a la vérité dans la confession qui est faite par la personne dans la situation de ruine, d’échec, de défaite dans laquelle elle est plongée. Comme déjà dit, le péché n’est reconnu comme tel que lorsqu’il est vu à la lumière de ce qu’il est pour le ciel et pour Dieu. Tout autre point de vue défendu n’est que justification propre.

lundi 26 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (5)

1. le père :

Si l’escapade du fils prodigue loin de la maison du père est le thème central de la parabole racontée par Jésus, nul doute que c’est le père qui, dans l’histoire, apparaît comme le personnage le plus admirable. En effet, plus que les deux fils, tous deux représentatifs d’une catégorie d’hommes dans l’humanité (les pécheurs notoires et les religieux moralistes), c’est le père, image de Dieu, que Jésus a ici pour but de révéler. Voyons, au travers de la parabole tout ce que nous pouvons découvrir à son sujet :

a. Un père respectueux du choix de ses fils :

Nous ne savons rien de la réaction et des sentiments qui remplirent le cœur du père à l’écoute du fils prodigue, lorsque s’adressant à lui, il osa, le regardant droit dans les yeux, lui demander de bénéficier dans l’immédiat de la part de fortune qui devait lui revenir après sa mort. Ce que Jésus dit est que le père, sans chercher ni à le dissuader, ni à argumenter pour amener le fils à reporter sa décision, s’exécuta. Le cœur serré, sans doute attristé, le père choisit de taire ce qu’il ressentait et de laisser au fils la liberté de suivre la voie qu’il avait choisie. Le père adoptera la même attitude quelques jours plus tard lorsque le fils, mettant en exécution le projet qui était dans son cœur, quittera la maison.

On accuse Dieu de beaucoup de choses dans le monde. S’il y en a une que personne ne pourra Lui reprocher, c’est bien le respect dont Il fait preuve vis à vis des attitudes, des comportements et des choix que les hommes font à Son égard. Nous ayant créé à Son image, c’est-à-dire avec la possibilité de déterminer nous-mêmes notre destin, Dieu, certes, nous instruit et nous avertit dans Sa Parole des conséquences de nos choix, mais, en accord avec Lui-même, jamais Il n’empêchera quiconque, même contre son propre malheur, d’aller là où il veut et de suivre la voie qu’Il veut.

« Pourquoi Dieu ne fait-Il rien, se demandent parfois nos contemporains, pour arrêter les méchants dans leurs projets ? Pourquoi laisse-t-Il, permet-Il tant de souffrances dans la vie des victimes de leurs forfaits ? La réponse est ici. Le Dieu qui nous a créé libres et à Son image, ne peut se contredire et nous retirer ce qu’Il nous a donné lorsque, contre Sa volonté, nous en faisons mauvais usage. Le cœur serré, lucide sur ce qui va se passer dans la suite de l’histoire, le père laisse partir le fils prodigue suivre la voie qui le conduit au malheur et à la ruine.

Notons ici que l’histoire du fils prodigue se finit bien : le fils revient. Mais il aurait pu en être tout autrement. L’histoire illustre la raison pour laquelle Jésus côtoie les pécheurs : pour les ramener, eux qui se sont égarés dans leurs péchés, à la maison du Père. Si la venue de Jésus sera pour beaucoup source de salut, pour un grand nombre également elle s’avèrera malheureusement stérile. Accorder à chacun la liberté d’autodéterminer sa propre vie, c’est, de la part de Dieu, accepter inévitablement le risque de la perdition pour certains.

samedi 24 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (4)

La décision du retour vers le père : v 17 à 19

C’est alors qu’il est au plus bas et au plus mal que, revenant en quelque sorte à lui et à la raison, le fils prodigue rentre en lui-même pour faire le point de sa situation et tirer les conclusions qui s’imposent au sujet du choix de la liberté qu’il a fait. Qu’a-t-il gagné pour lui-même dans ce choix ? Il suffit pour le fils prodigue d’ouvrir les yeux pour se rendre à l’évidence : affamé, sans le sou, abandonné de ses amis, entouré de cochons puants, non seulement il n’a rien gagné, mais il a tout perdu : argent, dignité, estime de soi…

Où commence pour un pécheur la voie qui mène au salut ? Toujours au même point de départ : ce moment où, cessant de porter les regards sur les mirages de la liberté sans Dieu, nous rentrons en nous-mêmes et, avec courage et honnêteté, faisons le compte des gains réels que celle-ci nous a procuré. Encore et toujours, nous ferons le même constat : suivre le chemin de notre propre liberté ne peut mener qu’à la dégradation morale de notre être et à notre appauvrissement dans tous les domaines. Parvenu à ce point, un mot, revenant à trois fois dans le court dialogue intérieur qu’à le fils prodigue avec lui-même, s’impose soudainement à lui, dans sa situation, comme la source unique d’espoir : le mot père :

- en pensant à lui, il se souvient du sort bien plus enviable que le sien des employés qui le servent. Or, qui sont les employés : des subalternes, des hommes qui n’ont pas de liberté propre. Leur condition se réduit au fait d’être disponible pour exécuter en temps et en heure les ordres du maître de maison. Pourtant, le fils doit l’admettre : à cause de la générosité et de la justice dont fait preuve le père à leur égard, leur condition est meilleure que la sienne, lui, le fils égaré qui a voulu sa liberté.

- en pensant à lui, le fils y voit pour lui la seule issue possible, l’unique solution pour un avenir de toutes façons meilleur que son présent : j’irai chez mon père, décide-t-il ! Si, au moment du départ, le vécu passé avec le père, l’éducation reçue n’a pas fait le poids pour empêcher le fils de partir, c’est ici, au moment du retour, qu’elle montre à la fois toute sa force et sa valeur. Croyons que ce n’est pas pour rien, en tant que parent, que nous faisons ce que nous faisons pour nos enfants. Si, à un moment de leurs vies, ils semblent le rejeter pour « vivre leur vie et faire leurs propres expériences », viendra aussi le moment où ils se souviendront de ce qui, à la maison, leur a été donné et ce qu’ils ont reçu. Comme le fils prodigue, il nous faut malheureusement souvent passer par bien des chemins d’égarement pour devenir les être lucides sur nous-mêmes, les autres et la vie que Dieu veut que nous soyons.

- En pensant au père, le fils prépare une confession en trois points :

1er point : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Juste confession ! J’ai péché : j’ai fait ce qui n’était pas juste, bien, droit, convenable. Je suis passé à côté du but, à côté de la vraie vie. Je suis le seul responsable de ma situation. J’ai péché non seulement contre toi, mais aussi contre le ciel. le péché commis contre son prochain est toujours, d’abord, un péché commis contre le ciel : Ps 51,5-6.

2ème point : Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Le fils a raison : le péché nous fait toujours descendre gravement dans l’échelle de la dignité. Par le péché, non seulement nous ne nous comportons plus comme des fils de Dieu, mais pas même comme des hommes : nous ne valons pas mieux que les cochons qui composaient la seule et dernière compagnie du fils perdu. Alors que nous sommes appelés à refléter l’image de Dieu, le péché, montre l’Ecriture, nous rend plus proche de l’animal que de Lui : 1 Cor 2,14 : l’homme naturel = l’homme animal ; 2 Pier 2,12.

3ème point : traite-moi comme l’un de tes employés. Tout en espérant être accueilli par le père, le fils n’espère plus occuper dans la maison le rang passé qui était le sien. Etre simplement au niveau des employés sera pour lui déjà une grâce bien suffisante. Comment pourrait-il oser demander plus ? La demande du fils au père, suite à son retour d’une vie de péché, est, pourrait-on dire, typiquement humaine. Rongés que nous sommes par la culpabilité et la réalité de notre état lamentable, nul d’entre nous ne pense véritablement être rétabli. Tous, nous pensons quelque part qu’il est juste que nous payons une partie de la conséquence de nos actes, par la fait que Dieu se tienne à distance de nous. Rien désormais, pensons-nous, ne pourra plus être avec Dieu comme avant.

Mais le fils réfléchit-il bien à ce qu’il demande ici ? Comment le père pourrait-il chaque jour voir le visage de son fils parmi ses employés sans que ses entrailles ne s’émeuvent jusqu’au plus profond de lui-même ? Comment pourrait-il indéfiniment retenir les puissants mouvements d’affection qui, à sa vue, jailliront spontanément de son cœur. Dieu n’est pas John Wayne. Des trois propositions préparées par le fils, deux seulement seront reçues par le père. Il n’est pas difficile de deviner laquelle ne le sera pas !

Ayant décidé, le fils passa aux actes. Il quitta le lieu où il était et le maître qu’il servait pour entreprendre la longue route qui le ramenait sur ses pas. Se repentir dans son cœur est une bonne chose. Mais la vraie repentance est toujours celle qui se traduit par des actes concrets : Luc 3,10 à 14. Que Dieu nous donne le courage de traduire immédiatement en actes ce que, dans notre conscience le Saint-Esprit nous montre comme chemin à emprunter pour revenir au Père !

vendredi 23 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (3)

Retour brutal à la réalité : v 14 à 16

Le retour brutal à la réalité se manifesta, pour le fils prodigue, par la conjonction de deux faits, certes indépendants l’un de l’autre, mais agencés de telle manière qu’on les dirait voulus pour produire dans son cœur l’effet à l’origine de la suite de l’histoire. Le 1er fait est, qu’après la période de bombance, le fils prodigue doit soudainement faire face à l’indigence. Il doit apprendre la dure leçon que la période des plaisirs et des richesses ne dure qu’un temps, temps qui, tôt ou tard, sera suivi d’un face à face inévitable avec soi-même et sa pauvreté. C’est ce que nous sommes, non pas avec nos biens, mais sans eux, qui forment notre véritable richesse. Le second fait est que, conjointement à l’épuisement de ses ressources personnelles, c’est le pays tout entier dans lequel il se trouve qui est plongé dans la disette. Dans les temps d’abondance, celui qui devient pauvre peut toujours espérer se refaire vite une santé. Toute autre est la situation de celui qui, devenu pauvre, doit, dans le pays où il habite, faire face en plus à une période de crise générale.

La situation dans laquelle se trouve le fils prodigue porte en elle-même pour nous un enseignement et une question :

- le 1er est que Dieu, dans Sa souveraineté et Sa grande bonté, est capable de créer les événements obligeant le pécheur à faire face aux conséquences de son péché. Pour celui qui pèche vient inévitablement le moment où il doit sortir de l’illusion dans laquelle le péché l’a conduit pour faire face à la réalité de ce qu’il a effectivement perdu et détruit par sa pratique. Tous, en effet, que nous le voulions ou non, nous sommes soumis à la loi qui dit que ce que nous semons dans notre vie, nous le récolterons. En appui à l’effet de ce principe spirituel interne à la vie du pécheur, Dieu, souvent, agit, pour le faire revenir à lui, par une pression externe : les circonstances qui, jusque là, lui étaient favorables, ne le sont plus. Le vent tourne et le fils doit soudainement faire face à des problèmes qui le dépassent

- la question que soulève l’histoire du fils prodigue touche à notre présent et notre propre actualité. Alors que, partout, les anciennes nations dites chrétiennes passent, suite à l’abandon de ce qui a fait leur foi passée, par une crise économique sans précédent, la question se pose. La récolte en interne de ce que nous avons semé, ajoutée à la crise externe que nous traversons, n’est elle pas le moyen que Dieu utilise pour, comme le fera le fils prodigue plus tard, rentrer en nous-mêmes et nous interroger sur les sources et les causes de l’état de pauvreté et de délabrement de nos sociétés ? Puisse-t-il, par la grâce de Dieu, en être ainsi !

Privé de ressources, le fils, à l’opposé de sa volonté, dut se résoudre à prendre l’emploi le plus humiliant qu’on lui proposa : gardien de cochons. Mieux que par de grandes explications, son parcours illustre pour nous où aboutit, pour celui qui a connu le Père, le chemin choisi de la rupture, de l’autonomie et de la soi-disant liberté revendiquée. Non seulement le fils est méconnaissable dans l’emploi qu’il occupe, mais tout espoir pour un avenir meilleur lui est ôté. A ce stade, il ne lui reste, pourrait-on dire, que deux solutions : soit le suicide, soit la voie qu’il va emprunter. Ce choix ne sera pas le fait du hasard. Il repose sur de puissants leviers cachés dans le cœur, source d’espoir pour nous en songeant à tous ceux qui, comme le fils prodigue, ont un jour choisi de quitter la maison du père pour suivre le chemin de leur propre liberté.

jeudi 22 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (2)

L’usage qu’il fait de sa liberté : v 13

Eloigné de la présence et du regard du père, livré à lui-même, le fils prodigue ne tarda pas à montrer pour quelles motivations il revendiquait le droit à la liberté. Jamais l’homme ne montre davantage ce qu’il est, ce qui l’habite, lorsque plus aucune crainte, plus aucun frein ne l’empêche de faire ce que son cœur lui dicte. Irrésistiblement, ses tendances naturelles le conduisent, non vers la noblesse, mais vers la bassesse. La rapidité avec laquelle le fils prodigue passe d’une vie stable, cultivée, éduquée dans les bons principes à une vie dissolue souligne deux choses :

- la 1ère est le peu de force qu’a l’éducation donnée, malgré le bien et l’utilité qu’elle est, pour retenir le pécheur lorsqu’il a décidé, en son for intérieur, de suivre la voie de sa propre volonté et de ses désirs. L’éducation n’est un bon partenaire pour la vie que pour celui dont le cœur est bien disposé à l’égard de Dieu : exemple : Timothée : 2 Tim 3,14-15. Pour le rebelle, elle n’a, sur le moment, pas le pouvoir d’être un frein suffisamment puissant pour l’empêcher de vivre ce qu’il a décidé de vivre.

- La seconde est que, contrairement aux deux paraboles précédentes qui éludaient plus ou moins cette question, le fait de se perdre n’est pas dû au hasard. Le fils prodigue, montre la parabole, est le premier responsable de la situation dans laquelle il se met. Rappelons-nous que ce n’est jamais dû ni à Dieu, ni aux autres si nous nous éloignons de Lui pour sombrer dans une vie dissolue et dégradante. Nous sommes nous seuls d’abord, responsables des choix que nous faisons, responsabilité d’autant accrue que nous avons été instruits et formés dans les principes d’une autre vie.

Remarquons aussi, dans cette responsabilité qui est la sienne, l’irresponsabilité dont fait preuve le fils prodigue dans l’usage qu’il montre de la liberté toute neuve qu’il vient d’acquérir. Une caractéristique flagrante du pécheur est la courte vue qu’il a de sa vie. Pour lui, seul le plaisir du temps présent, du moment qui passe compte : mangeons et buvons, se dit-il, car demain nous mourrons : 1 Cor 15,32. Telle est aujourd’hui encore la philosophie qui sous-tend le comportement de tous ceux qui, matérialistes, épicuriens, sont les adeptes de l’hédonisme. « Profitons de la vie maintenant sans nous soucier de demain : ni des conséquences de nos actes, ni du jugement éventuel d’un Dieu. » Tôt ou tard cependant, le retour à la réalité, le réveil se produit. Et plus l’inconscience et l’irresponsabilité ont été grandes, plus le retour à la réalité, tel celui d’un boomerang jeté avec force, est douloureux !

mercredi 21 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (1)




La parabole du père et des deux fils

Si les deux premières paraboles décrivaient, sous la forme de la métaphore, la réalité de l’amour de la Divinité pour les hommes égarés et perdus, réalité qui est la cause de la proximité voulue de Jésus avec les pécheurs, nous entrons avec cette parabole dans la description réaliste de ce que sont les sentiments de Dieu, incarné ici par le père, à l’égard de ceux qui, comme les pécheurs représentés par le fils prodigue, revendiquent leur autonomie à Son égard, comme de ceux qui, tout en prétendant Lui être fidèles, comme les pharisiens, vivent sans connaître ce qu’Il est au fond de Lui-même. Après avoir séparé les deux groupes en 1/100, puis 1/10, ils se restreignent ici à un rapport de 1/2. Sans repentance ou conversion, Jésus veut montrer aux pharisiens que, quel que soit le groupe auquel chacun appartient, la situation de tous est la même : les uns sont aussi séparés du Père que les autres. Aucun ne Le connaît. La seule différence réside dans les apparences : si l’état de séparation est, dans les faits, constatable, flagrant chez les uns (les pécheurs, le fils prodigue), il est, quoiqu’invisible, non moins réel dans le cœur chez les autres (les religieux, le second fils).

Regard sur les trois personnages de l’histoire :

1.       le fils prodigue :

a. sa décision de départ

Reconnaissons qu’il fait preuve, dans la démarche qui, pourtant, le mène à la ruine, d’une qualité : la franchise, l’honnêteté. Clairement, le fils prodigue, en demandant au père, avant même qu’il soit mort,  la part d’héritage qui lui revient, affiche ses intentions. Il ne veut pas attendre pour avoir sa liberté. Il la veut immédiatement. Il ne veut plus rien dans sa vie qui ait l’apparence d’un fil à la patte, d’un lien de dépendance forcé avec le père. Ayant obtenu ce qu’il désire, il ne tardera d’ailleurs pas à traduire dans les faits ce qu’il ruminait, les intentions cachées de son cœur. Rares sont ceux qui, ayant la liberté de faire quelque chose, acceptent de s’en priver. La raison, l’éducation, la bienséance peuvent, après que le fils prodigue ait acquis sa liberté, le retenir quelques jours à la maison. Mais l’appel et la tentation de s’affranchir sont trop forts : la rupture, consommée dans le cœur, ne tarde pas à se traduire dans les faits.

Le premier enseignement que nous apporte la parabole est que le péché prend toujours ses racines au même endroit : le terrain de la revendication à l’autonomie et à l’indépendance à l’égard de Dieu, le Père. Ici, cependant, il faut faire une remarque. Même si nous pensons qu’ils nous reviennent, les biens que nous revendiquons comme nôtres, et qui constituent ce capital que nous nous sentons libres de dépenser comme nous le voulons, viennent à l’origine de Lui. Nous n’aurions rien et nous ne pourrions rien si, au départ, Dieu ne nous avait doté et enrichi de Ses biens. Dans le péché, nous ne faisons que gaspiller les biens que Dieu, dans Sa bonté, nous a donnés. Même si, dans sa volonté d’autonomie, le fils prodigue voulut se couper du père, il ne peut effacer le fait que tout ce qu’il peut faire, c’est à sa générosité seule qu’il le doit. Voyons dans la suite de l’histoire vers quoi sa liberté va le mener !