lundi 30 novembre 2009

Chapitre 4, versets 1 à 12

Jésus tenté par le diable

Du Jourdain où Il fut baptisé, Jésus , poussé par l’Esprit, passa directement au désert où, pendant 40 jours, Il fut mis à l’épreuve par le diable. Si le lieu où Jésus est conduit par l’Esprit est celui où le diable le tente, Luc prend soin, dans l’attribution des rôles qu’il donne à chaque acteur du scénario qui se trame ici, de bien séparer les choses. Jésus ne va pas de lui-même au-devant de la tentation. Il ne fait qu’obéir, se soumettre aux directives que l’Esprit, qui Le remplit, Lui communique. L’Esprit conduit Jésus dans le désert, mais Il ne Le tente pas. Il place Jésus dans une situation de mise à l’épreuve, comme le fut aussi autrefois Adam, afin que soit manifesté que c’est de son total plein gré qu’Il va rester attaché à Dieu. Ce n’est ni sur Jésus, ni sur l’Esprit que repose la responsabilité de la tentation. Le tentateur est bien le diable, et le diable seul, comme c’est encore et toujours le cas aujourd’hui.

Une différence notoire sépare cependant les tentations auxquelles nous pouvons être exposés et celle que connut Jésus. Jacques nous le précise. Il affirme ainsi que personne d’entre nous ne peut, au sujet de la tentation, prétendre y avoir été exposé par le même processus que Lui. En effet, si l’Esprit dut conduire Jésus au désert pour être tenté, c’est qu’il n’y avait pas d’autre moyen possible pour cela. Lorsque le diable tente un homme, il peut, dit Jacques, compter sur un solide allié qui se trouve en lui : sa propre corruption éveillée par la convoitise : Jac 1,13 à 15. Or un tel état ne se trouvait pas en Jésus. Il n’y avait en lui rien que Satan ne puisse éveiller, exciter pour le perdre. Aussi fallait-il que ce soit l’Esprit qui mette Jésus en situation d’être tenté car, de Lui-même, Il ne l’aurait jamais été. Un fait attesté de plus par la nature des tentations auxquelles Jésus sera exposé. On ne trouve ici rien qui ait directement affaire aux penchants d’une nature mauvaise. C’est sur la base de ce que Jésus est, le Fils de Dieu, que le Malin fera ses propositions, la seule marge de manœuvre qu’il possède étant d’amener Jésus à faire un mauvaise usage des prérogatives qui Lui sont données, en tant que Fils, par le Père

Analyse des trois propositions du Malin à Jésus, Fils de Dieu :

Contexte : une preuve supplémentaire de la difficulté qu’a Satan à tenter Jésus se voit dans le moment qu’il choisit pour le faire. Jésus, après 40 jours de jeûne, a faim. Il est en réel manque. Son corps souffre et réclame un approvisionnement rapide de nourriture. C’est donc lorsque Jésus est au plus bas de ses forces physiques que Satan choisit de Lui suggérer les choses les plus enviables. Si Satan aime choisir l’instant le plus propice pour nous tenter, nul n’est besoin pour lui d’attendre, en ce qui nous concerne, une telle extrémité pour le faire. Un peu de fatigue, de lassitude, de contrariétés suffira souvent pour que notre vigilance se relâche. Mais l’âme de Jésus paraît, pour le Malin, une forteresse si imprenable qu’il lui est impossible d’agir quand il le veut. Satan, qui n’est pas patient, doit donc attendre le moment le plus opportun.

1ère proposition : elle touche au besoin physique, immédiat, le plus pressant que connaît Jésus : le besoin de nourriture. Ce que Satan suggère à Jésus dans ce domaine est simple. Si Jésus est le Fils de Dieu, obligatoirement Il est doté des pouvoirs qui reviennent à la Divinité. Rien ne l’empêche dès lors d’utiliser ces pouvoirs pour se sortir de la situation extrême dans laquelle il se trouve ici sur le plan physique. Dans ce qu’il dit, soulignons que le Malin n’a pas tort. C’est une chose de se prétendre Fils de Dieu, c’en est une autre d’en montrer de manière irréfutable les preuves. Jésus lui-même, une fois ce test de l’épreuve passée, suivra la logique développée ici par l’Adversaire. Tous Ses miracles dans le domaine du physique ne poursuivront qu’un but : manifester les signes de Sa Divinité : Luc 7,22 ; Jean 2,24. Là où Satan tente Jésus, ce n’est donc pas dans le fait de faire sur le champ un miracle pour se tirer d’affaire. C’est bien plutôt dans la proposition qu’il Lui fait d’user de Ses pouvoirs de manière autonome, c’est-à-dire en dehors du cadre du projet et de la volonté du Père : Jean 4,34 ; 6,38.

2ème proposition : elle touche à la finalité de la raison de la venue du Christ ici-bas : la royauté sur le monde. Si Jésus est le Fils de Dieu, pense avec raison le Malin, il n’y a pour Lui dans ce monde qu’une seule place qui se justifie : la plus élevée. Satan, à qui, par la chute d’Adam, le monde appartient de façon légitime, Lui propose donc de la Lui donner à une condition : que Jésus se prosterne devant lui, manifestant par ce geste qu’il se soumet à l’ordre spirituel établi par la reconnaissance publique (si ce n’est face aux hommes, face aux anges et à Dieu) de la souveraineté du Malin sur lui. La proposition du Malin, pourrait-on dire, ne manque pas de culot. Elle présente pour Jésus un avantage certain au prix d’une terrible obligation. Cet avantage est d’accéder directement au but (la domination universelle) sans passer par l’étape douloureuse que le Père impose pour y parvenir : la croix. L’obligation qui demeure est que, au lieu de siéger effectivement sur la place la plus élevée, Jésus n’occupe en réalité que la place de second, Satan restant au-dessus de Lui. La tentation à laquelle Jésus est exposé ici révèle une vérité dont nous devons absolument, en toutes circonstances, prendre acte. Cette vérité est que, quoi que ce soit que Satan semble nous offrir, il y a toujours plus à perdre en acceptant son offre qu’à gagner. Pour Jésus, même si l’apparence semble dire le contraire, il y a plus à gagner à perdre Sa vie sur la croix dans le cadre de la volonté du Père qu’à hériter du monde entier au prix de son âme. Perdre la vie est le prix maximal que nous pouvons payer dans notre attachement à Dieu ; perdre son âme est le prix que réclame Satan à qui veut profiter de ses largesses.

3ème proposition : de toutes, elle est peut-être la plus subtile. En effet, ce à quoi le diable touche ici ne le concerne ni lui, ni directement Jésus, mais, audace insurpassable, ce qui relève de l’engagement et des promesses du Père à l’égard du Fils. Comme pour ce qu’il en est des offres précédentes, la tentation à laquelle Satan expose Jésus ne posséderait rien de dangereux si elle ne s’appuyait pas sur un fond de vérité. Si Jésus, en effet, est le Fils de Dieu, Il n’a en principe absolument rien à craindre en terme d’accidents dans ce monde. Rien ne peut Lui arriver qui ne passe d’abord par la sphère de contrôle absolue de Dieu. Si, la promesse faite par Dieu à Son oint dans le Psaume 91,11, citée par le Malin, est juste, là où le raisonnement est faux est que celle-ci ne s’applique pour Lui, comme Jésus l’expérimentera à plusieurs reprises : Luc 4,30, que dans le cadre précis des actions entreprises dans la soumission à la volonté du Père. Oui ! La protection efficace de Dieu s’étend bien sur tous les Siens, et aucun accident, aucune chute, dans le contexte de l’obéissance, ne peut leur arriver sans Son consentement. Mais, tout Fils de Dieu que Jésus est, elle ne Lui est pas plus garantie, comme pour ce qui nous concerne, si Celui-ci s’expose volontairement à un danger.

Remarquons pour finir que, face aux trois offres diaboliques auxquelles Il a dû faire face, Jésus a usé du même mode de défense : Il a cité l’Ecriture, s’en tenant ainsi aux affirmations de la Parole de Dieu. La Parole, dira Paul plus tard, est, dans l’équipement spirituel que Dieu nous a donné pour faire face aux attaques de l’adversaire, l’épée de l’Esprit : Ephés 6,17. Aussi, ses affirmations équivalent-elles aux positions de Dieu Lui-même face aux diverses questions auxquelles nous pouvons être confrontées. Bien que Fils de Dieu, Jésus, par la façon avec laquelle Il a fait face à la tentation, nous montre comment, en tant qu’homme, nous devons nous aussi répondre aux suggestions subtiles auxquelles nous pouvons être exposés de la part du Malin. Il ne s’agit pour nous, face à la tentation, ni de considérer ce que Satan nous dit, ni de discuter avec lui. Notre salut se trouve dans l’abri que nous trouvons dans le secret du Très-Haut, comme le dit le psaume 91,1, psaume cité par le diable. Dieu, nous montre Jésus, ne nous demande pas, face à la tentation, de nous battre contre Satan avec nos propres armes, mais avec les Siennes. C’est retranché derrière Lui, avec les réponses qui sont les Siennes, que nous pouvons seulement affronter l’Adversaire et le vaincre. Aucune de nos armes, mais seules les armes de Dieu sont efficaces dans ce combat, quand bien même il essaierait lui aussi de les utiliser contre nous (fait qui, en lui-même, nous donne une raison supplémentaire de leur faire pleinement confiance).

« L’Ecriture citée tout simplement, sans développement ni commentaire, voilà tout ce que Jésus oppose au grand adversaire ; dans cette journée mystérieuse et terrible, à l’issue de laquelle l’œuvre entière de notre rédemption était suspendue.


Il est écrit ! et le tentateur s’arrête

Il est écrit ! et il recule

Il est écrit ! et le voici qui a tourné le dos" (René Pache : Inspiration et autorité de la Bible)


Notons enfin que, dans l’utilisation qu’Il fit de la Parole, Jésus puisa dans un seule livre, le Deutéronome écrit par Moïse, les versets par lesquels Il répondit à l’ennemi : Deut 8,3 ; 6,13 ; 6,16. Par cela, comme Il le fera encore à de multiples occasions, Il valide la pleine inspiration et autorité de l’Ecriture. Que la foi qui L’animait soit aussi celle qui nous anime aujourd’hui !



jeudi 26 novembre 2009

Chapitre 3, versets 23 à 38


Généalogie de Jésus


C’est par Joseph, son père adoptif, que Luc dresse la généalogie de Jésus qu’il fait remonter jusqu’à Adam, le premier homme, et Dieu, son Créateur. La raison de ce choix tient au fait que, sur le plan humain, c’est Joseph que l’on croyait être le père de Jésus. Jésus, dit Luc, était, à ce que ses voisins, ses contemporains pensaient, fils de Joseph.

Le fait pour Luc de rendre compte de la façon dont l’entourage de Jésus l’a perçu jusqu’à l’âge de trente ans n’est pas anodin. Il témoigne du fait évident que, si Jésus était Fils de Dieu, dans sa nature, rien, jusqu’à cet âge, mis à part l’homme parfait qu’il devait être, ne permettait à ceux qui le côtoyaient de le deviner. Le témoignage que rend Luc inscrit ainsi en faux toutes les descriptions fantaisistes que l’on trouve dans les évangiles apocryphes au sujet  des soi-disant miracles que Jésus aurait fait dans son enfance. C’est à l’heure voulue par le Père que le Fils révélera qui Il est au monde. Rien dans la période précédent cette heure, ne laissa, par un signe quelconque, voir à quiconque qui Jésus était réellement.

La remarque de Luc nous interroge aussi sur ce qui fait la marque de notre témoignage. Sans parole, sans acte inspirés par l’Esprit de Dieu, il est impossible à qui que ce soit de nos contemporains de découvrir également notre appartenance à Dieu. C’est ce que Dieu exprime, fait avec et au travers de nous qui atteste et manifeste ce que nous sommes en Lui. L’homme que nous sommes peut se distinguer par quelque vertu supérieure. On va alors se mettre à penser certaines choses sur nous, notre identité. Peut-être va-t-on nous trouver, sérieux, travailleur, bien éduqué, exemplaire et va-t-on attribuer cela à la famille de laquelle nous sommes issus, à l’éducation reçue… Ce que Dieu veut est qu’Il soit clairement établi pour tous que c’est par Lui que nous sommes ce que nous sommes. Pour cela, nous devons, comme Jésus, être prêt à entrer dans Ses œuvres, et ne pas avoir honte, non seulement d’être, mais encore de faire et de dire ce que Dieu désire que nous fassions et disions de Sa part pour être Ses témoins dans ce monde. C’est à Lui seul et à personne d’autre que la gloire de ce que nous sommes doit revenir !

vendredi 20 novembre 2009

Chapitre 3, versets 18 à 20


Jean et Hérode


La spiritualité de Jean, sa volonté d’être à la place que Dieu lui a fixé sans en déroger, ne se manifeste pas seulement dans l'attitude et la position qu’il a prise à l’égard de Jésus. Elle apparaît aussi dans sa façon d’être face à Hérode. Tout puissant et roi que soit Hérode, Jean, pour autant, ne changera pas pour lui les termes de son message. Chargé de réveiller la conscience de ses contemporains pour les préparer à la venue de Jésus, Jean annonçait de manière indistincte le même message à qui se trouvait face à lui. Les péchés d’Hérode, son adultère avec Hérodiade et les nombreuses exactions dont il s’était rendu coupable, n’étaient à ses yeux pas plus excusables que ceux des publicains ou des soldats qui étaient venus vers lui pour les confesser. Jean manifeste dans sa vie la double qualité dont fait preuve le véritable homme de Dieu : humilité par rapport à Dieu, et fidélité dans l’exercice de son ministère quel que soit le prix à payer, prix qui sera pour lui l’emprisonnement suivi, plus tard, de la décapitation. « La crainte des hommes tend un piège, dit le proverbe, mais celui qui se confie en l’Eternel est protégé : Prov 29,25. » Si la crainte dont a fait preuve Jean ne l’a pas protégé de la perte de sa vie, elle l’a préservé d’être infidèle à Dieu. Et, des deux, le second est de loin le plus important !

jeudi 19 novembre 2009

Chapitre 3, versets 15 à 17


Humilité de Jean-Baptiste


L’autorité spirituelle de Jean et de son message allant grandissant, tous, dit Luc, se demandaient s’il n’était pas le Christ promis et attendu. Il y a toujours danger pour un homme que Dieu a spécialement doué ou à qui il a donné une autorité particulière, d’outrepasser les limites de son mandat et d’usurper à Dieu la gloire qui doit lui revenir. Jean ne l’a pas fait, mais dans l’histoire de l’Eglise, certains, poussés par l’orgueil, n’ont pas hésité à franchir cette frontière, et à « marcher sur les plates-bandes du Christ » en s’arrogeant un rôle ou une position qui Lui portait ombrage.

Aussi puissant ou influent soit Jean pour les hommes de son temps, il est pour nous tous un modèle de spiritualité. Si Jean n’a aucune fausse humilité pour exercer son ministère et oser, avec autorité, délivrer le message que Dieu lui a ordonné de dire, il est, en revanche, habité par une vraie humilité à l’égard de Celui qu’il précède pour Le servir. Il y a entre lui et Celui qui vient, dit-il, une distance telle que c’est faire affront à Sa dignité que d’oser le comparer à Lui. Aussi ne viendra-t-il jamais à l’idée à aucun homme véritablement spirituel de détourner à son profit, alors qu’il en aurait l’occasion, une partie du poids de la gloire qui revient à son Maître. Car si nous sommes quelque chose, c’est à Lui et à Lui seul que nous le devons : cf Actes 14,13 à 15 ; Apoc 22,8-9.

Restant dans la ligne qui lui a été fixée de rendre témoignage au Christ, Jean apporte ici deux éléments supplémentaires à ce qu’il a déjà dit à Son sujet :

- le 1er élément concerne la différence notoire de nature entre le baptême que Jean administre et celui que le Christ administrera. Si Jean a baptisé d’eau, le Christ baptisera d’Esprit et de feu. C’est à l’intérieur de l’enveloppe humaine que s’opéreront les changements que le baptême conféré par le Christ produira, contrairement au baptême de Jean qui n’était qu’un signe extérieur.

- Si le Christ nous est donné pour le salut, la contrepartie de cette vérité est qu’Il est aussi envoyé par Dieu pour le jugement et la séparation définitive de l’humanité en deux camps.

A nous donc de nous positionner et d’en être conscient !

mardi 17 novembre 2009

Chapitre 3, versets 10 à 14


La repentance dans le concret


Après avoir présenté le caractère spirituel du message dont Dieu avait fait de lui le porteur, Jean, face aux questions qui lui sont posées par ses auditeurs, en vient aux applications concrètes que ce message induit. Notons que si le message reste le même, s’il implique de la part de chacun le même mouvement de retour à Dieu et de rupture avec le péché, il ne se traduit pas de la même manière dans les actes dans la vie de chacun. Parce que, quoique tous pécheurs et séparés de Dieu, nous sommes différents dans la façon de pratiquer le péché, il ne convient pas de vouloir faire passer chacun, pour son retour à Dieu, dans le même moule. Dans la pratique de Jean, la repentance est à la fois un message commun à tous (tous doivent l’entendre) et personnalisé à chacun (chacun doit comprendre ce qu’il implique pour lui dans sa situation particulière et son propre contexte de vie).

Luc nous rapporte ici les applications concrètes que Jean donna pour trois groupes de personnes :

- la foule : il l’exhorta à ne pas faire preuve d’égoïsme, mais d’un véritable esprit de partage envers les nécessiteux. Aimer Dieu, vouloir Lui plaire, c’est dans le concret de la vie, aimer son prochain comme soi-même et faire pour lui ce qu’on aimerait que l’on fasse pour nous dans sa situation : Mat 7,12.

- Les collecteurs de taxes : Jean les exhorta de manifester leur intention de plaire à Dieu en refusant de pratiquer le vol et l’enrichissement personnel au travers de leurs fonctions. Le message de la repentance pour les publicains impliquait une rupture radicale avec les pratiques habituelles du milieu.

- Les soldats : Jean les exhorta à ne pas abuser de leur position pour pratiquer l’injustice et user de violence envers les autres. Il y ajouta le fait pour eux de se contenter de la solde qu’ils percevaient. Là aussi, c’est par un comportement qui tranche avec celui des autres que le soldat qui craint Dieu traduira pour les autres la motivation intérieure qui l’anime.


Jusqu’où allons-nous pour nous-mêmes dans nos élans de repentance. Sont-ils suivis d’effets visibles ? Et comment personnalisons-nous ce message dans la vie de ceux qui viennent nous faire part de leur désir de revenir à Dieu et de Lui obéir ?

lundi 16 novembre 2009

Chapitre 3, versets 7 à 9


Le message de Jean


Pour le moins, on peut dire que Jean, par son message, n’y allait pas de main morte. Pour porter ses fruits, Jean savait que le message dont il était porteur nécessitait une vraie prise de conscience par ses auditeurs de leur situation de condamnation et de perdition. Ayant pour but de produire un changement de mentalité radical, le message de Jean ne pouvait qu’en avoir la tonalité. Dans notre société où les considérations psychologiques ont pris tant d’importance dans les relations humaines, n’avons nous pas amputé, dans la même proportion, les droits de Dieu au point que le message que nous délivrons en ait perdu à la fois son tranchant et sa gravité ? A force d’égards pour l’homme, c’est la personne de Dieu que nous en sommes venus à mépriser !

Cinq points particuliers ressortaient du message de Jean et de son comportement à l’égard de ceux qui venaient vers lui :

1. Jean ne faisait preuve d’aucune attitude de condescendance envers ceux qui s’approchaient de lui pour l’entendre. Très clairement, jean n’est pas là pour lui, pour se faire un nom ou gagner un public. Il est là pour dire à ceux qui viennent vers lui ce que Dieu lui a chargé de dire. Tout le reste n’a à ses yeux strictement aucune importance

2. Jean ne cherche en aucune manière à enrober les vérités qu’il est appelé à faire entendre à ceux qui viennent vers lui. Il est appelé à révéler aux hommes la réalité de leur état et de leur situation face à Dieu. Non ! les hommes ne sont pas bons et gentils. Il sont des vipères, de la race du serpent (Jésus n’hésitera pas à parler dans le même sens au risque de scandaliser : Jean 8,44). Non ! Les hommes ne doivent pas se faire d’illusions sur leur état et leur avenir devant Dieu ! Il n’y a pour personne aucun espoir de salut : seule la colère de Dieu les attend au terminus de leurs vies !

3. Jean ne fait pas que dire des vérités. Il dénonce les mensonges derrières lesquels ses auditeurs se cachent pour se rassurer. Les avantages religieux qu’ils pensent faire prévaloir devant Dieu pour espérer être sauvé sont nuls, sans force et sans valeur ! La meilleure façon de préparer quelqu’un à recevoir la vérité à laquelle on veut qu’il adhère est de dénoncer les mensonges derrière lesquels il se cache pour s’abriter !

4. Jean témoigne du caractère radical du jugement de Dieu sur l’homme. Il a pour but dans son message de s’attaquer à ce qui est à la racine de ce qui, dans les actes, provoque la colère de Dieu : le péché. Le revirement auquel il appelle ne doit pas être superficiel, mais total et entier. Il doit se traduire par des changements concrets, visibles, mesurables sans quoi les intentions déclarées n’ont aucune valeur.

5. Jean exige une preuve et une manifestation publique et immédiate de cette volonté de changement qui fait l’objet de son message. C’est le sens du baptême d’eau qu’il pratique, baptême qui fait suite à la confession des péchés !

Avons-nous le même courage, la même conscience de la gravité de la situation spirituelle dans laquelle se trouvent nos contemporains ? Ou, bercés et endormis par l’humanisme ambiant, notre christianisme n’en est-il qu’une forme religieuse ?

samedi 14 novembre 2009

Chapitre 3, versets 1 à 6


Fondement du ministère de Jean



Bien que préparé dès avant sa naissance pour le ministère qu’il allait remplir, c’est sur l’initiative de Dieu lui-même que Jean quitta le désert pour se rendre sur les bords du Jourdain et proclamer les message de repentance qu’il avait reçu ordre de délivrer. Si c’est de Dieu que nous recevons notre vocation, c’est aussi par Dieu que nous l’exerçons. Comme il en sera pour Moïse, Jésus ou, plus tard, l’apôtre Paul, il y a dans la vie de tout serviteur de Dieu le temps de l’appel et le temps dans l’entrée effective du ministère pour lequel Dieu l’a mis à part. C’est de Dieu que Jean a reçu à la fois le message dont il devait être le porteur et l’autorité dont il avait besoin pour le délivrer. Nous ne sommes au diapason de Dieu et soutenu par la force de Dieu dans ce que nous faisons que lorsque, au temps de Dieu, nous entrons dans les œuvres qu’il a préparées d’avance pour nous afin que nous les pratiquions : Ephés 2,10.

Notons de plus que aussi bien le ministère de Jean que le lieu dans lequel il l’exercera ne relèvent du pur hasard. Jean, dit Luc, est la voix annoncée par Esaïe le prophète, voix qui crie dans le désert pour appeler le peuple à réformer ses voies et se tenir prêt à accueillir le Seigneur. Il y a toujours danger lorsqu’un serviteur agit totalement en électron libre, sans pouvoir se rattacher à la chaîne de témoins qui l’ont précédé. Même si notre ministère, comme celui de Jean, est unique, aucun de nous n’est appelé à « inventer la roue ». Nous bâtissons tous sur un fondement déjà posé par autrui. La référence de Jean est Esaïe qui l’a précédé. Quelle est la nôtre ? De qui notre ministère a-t-il reçu ses lettres de créance ? Si nous ne pouvons pas répondre à ces questions, il y a fort à parier que ce n’est pas Dieu, mais nous-mêmes qui nous sommes envoyés en mission !

Comme dit plus haut, le lieu dans lequel Jean exerce son ministère ne relève en rien du hasard. Le Jourdain était un lieu de passage. C’est la frontière que les enfants d’Israël ont traversé pour entrer dans le pays promis : Nomb 33,51. C’est le fleuve dans lequel le général syrien Naaman dut se baigner pour être délivré de sa lèpre : 2 Rois 5,10. C’est le lieu duquel Elie partit lorsqu’il fut emporté par un char de feu vers le ciel : 2 Rois 2,7 à 13. Toute une symbolique qui, s’ils voulaient bien y réfléchir, ne pouvait échapper aux Juifs de l’époque de Jean.



Le message de Jean enfin, dit Luc, a pour objet de préparer le peuple au salut de Dieu qui va être révélé. Luc le présente, à partir des paroles d’Esaïe, comme la nécessaire remise à niveau de toutes les attitudes et comportements déviants face à Dieu. L’objectif du ministère de Jean, et le but du message dont il est le porteur, est d'aplanir les différences qui séparent les êtres à cause de leurs péchés pour les mettre tous à égalité devant Dieu. Car, devant lui, nulle montagne d’orgueil ne doit s’élever, et nulle fosse ne doit garder prisonnier celui qui s’y trouve. Ce qui est tortueux doit être redressé et ce qui est dur d’aspect doit être nivelé. Tel est, dans le concret, l’œuvre préparatoire nécessaire de la repentance, sans laquelle il est impossible que le Seigneur trouve un chemin préparé pour pénétrer dans les cœurs. Que Dieu nous donne de ne pas mettre de côté, dans notre annonce de l’Evangile, la bonne nouvelle du salut, cette nécessaire étape d’entrée !

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