lundi 9 août 2010

Chapitre 17, versets 1 à 10 (2)

3ème point : la foi : v 5 et 6

A la genèse de notre relation avec Dieu, la foi reste dans notre marche avec Lui le moyen par lequel nous nous approprions les richesses qu’Il tient à notre disposition. Aussi comprenons-nous bien la demande des disciples de Jésus à son sujet. Si tant de choses dépendent dans notre vie de la foi, ne courrons-nous pas le risque, par manque de foi, de nous en priver ?

L’inquiétude des disciples, montre Jésus, n’est pas fondée. Si la foi est effectivement le moyen que Dieu nous a donné pour vivre notre relation avec Lui, ce n’est pas de la grandeur de la foi que dépend la capacité de Dieu à réaliser les œuvres qu’Il a en vue d’accomplir à travers nous. Le penser serait à la fois surévaluer la valeur de la foi et, surtout, faire dépendre de manière trop forte l’œuvre de Dieu des dispositions de l’homme. Dieu ne nous demande pas d’avoir une grande foi. Ce qu’Il attend de nous est que, Le connaissant, nous ayons la foi pour croire que ce qu’Il dit, Il peut l'accomplir : Rom 4,18. Aussi le combat de la foi ne consiste-t-il pas à la cultiver, à la manière de l’athlète pour ses muscles, pour être à la hauteur des défis qui se présenteraient à nous. Il est plutôt, comme le fera David face à Goliath, de rester avec calme et tranquillité sur le terrain des certitudes que nous donne la connaissance de Dieu et de Ses promesses, et d’interdire à nos cœurs toute emprise du doute dû au regard qui se porte sur autre chose que Lui. La foi est davantage une position à défendre qu’une forteresse à conquérir. En Christ, nous sommes l’objet de toute la grâce de Dieu : ce qui signifie que toutes les promesses que Dieu nous a faites en Lui sont pour nous Oui et Amen : 2 Cor 1,20. Tel est le langage de la foi selon Dieu : la foi regarde, non à ses possibilités, mais à celles de Dieu et de Christ pour accomplir les exploits impossibles qui lui sont proposés : Rom 10,6-8.

4ème point : le caractère non méritoire du service : v 7 à 10

Le dernier point sur lequel Jésus instruit ici Ses disciples porte sur le caractère non méritoire de leur service. S’il y a bien une aspiration qui existe dans le cœur de l’homme, c’est celle du besoin de la reconnaissance. Ayant perdu, depuis la chute, la notion de la grâce, nous vivons tous selon le principe religieux qui dit que toute bonne action que nous faisons mérite sa récompense. Jésus nous appelle ici à changer de paradygme. Si la récompense existe dans la pensée de Dieu : cf 1 Cor 3,10 à 15, nous devons, en tant que Ses disciples, dit Jésus, nous refuser de vivre dans l’esprit de celle-ci, comme si elle était un dû ! Les récompenses, la gratification dont nous pouvons être l’objet ici-bas pour notre service ne sont, une fois de plus, que des cadeaux de la grâce de Dieu, jamais le paiement mérité de notre dépense pour le bien. Penser autrement serait oublier une vérité que Jésus rappelle ici : faire le bien pour nous, en tant que serviteurs de Dieu, ne devrait pas être un acte qui relève de l’exception, mais une constante qui relève de la normalité !

Que Dieu nous aide à nous souvenir qu’en Le servant et en faisant le bien, nous avons juste fait ce qui devait être fait, rien de plus !

samedi 7 août 2010

Chapitre 17, versets 1 à 10 (1)

Enseignement de Jésus à Ses disciples :

Après le thème de la richesse, Jésus poursuit ici l’enseignement qu’Il donne à Ses disciples sur 4 autres points pratiques relatifs à leur marche avec Dieu :

1er point : la vigilance quant à eux-mêmes

Jésus nous connaît. Devant l’enthousiasme de ceux qui étaient subjugués par les miracles qu’Il opérait, Jean nous dit que Jésus restait lucide : Il ne se fiait pas à leur engouement pour Lui, sachant à quel point l’homme peut être changeant, versatile : Jean 2,25. Cette inconstance qui caractérise les humains n’est pas l’apanage des seuls incroyants. Il l’est aussi des croyants dans leur relation avec Dieu.

La 1ère exhortation que Jésus lance ici est un appel à la vigilance quant à soi-même. Pour que nous en comprenions toute la nécessité, Jésus rappelle à Ses disciples le caractère organique de leur foi. Nous faisons partie, en tant que chrétiens et disciples du Christ, d’un corps, d’une communauté aux liens forts, dans laquelle tout ce que vit l’un rejaillit obligatoirement sur l’autre. Nous sommes chacun comme des épis de blé serrés, aux racines entremêlées dans un champ : cf Mat 13,29. Aucun de ceux qui vit pour Christ ne vit seul sa vie chrétienne. Il la vit avec et devant les autres, les touchant inévitablement en bien ou en mal par le modèle qu’il leur donne ! Jésus nous avertit donc sur la nécessité de la vigilance. Car si nous sommes appelés un jour à rendre compte à Dieu de l’intendance de notre vie avec Lui, sera compté dans cette évaluation aussi bien les bienfaits apportés que les dégâts occasionnés dans celles d’autrui. Dans ce cadre là, avertit Jésus, mieux vaudrait, pour celui qui aura été cause de chute, de péché ou d’égarement pour un petit (un enfant, un faible, un néophyte…) dans la foi, être exécuté physiquement plutôt que de subir la réprobation divine qui l’attend !

2ème point : le pardon

Si la réprobation la plus extrême est le lot qui attend celui qui aura été cause de chute pour autrui, Jésus appelle Ses disciples, à contrario, à faire preuve à outrance d’une capacité de pardon envers quiconque s’humilie devant eux, reconnaît le caractère coupable de son comportement et dit vouloir s’en amender. Dans la même ligne que l’exhortation précédente, Jésus nous avertit ici du danger que représente la frilosité, le soupçon ou la réserve dont nous pourrions faire preuve à l’égard de celui qui réclame notre indulgence pour sa faute. L’amour, dira plus tard l’apôtre Paul, croit tout ne soupçonne pas le mal : 1 Cor 13,7.

S’il est légitime d’attendre dans la vie de celui qui se repent des preuves visibles de son changement d’attitude et de conduite : cf Luc 3,8, Jésus exhorte ici Ses disciples à ne pas lier leurs dispositions au pardon à ces fruits attendus. Le pardon est une chose, la réforme de la conduite en est une autre. Le pardon est du ressort de la responsabilité des disciples et de la communauté. La réforme l’est de celui qui dit regretter et vouloir changer sa conduite passée. Le premier est nécessaire en ce que, plus que quoi que ce soit d’autre, il oblige l’autre. Preuve d’amour et de confiance envers l’autre, le pardon stimule le coupable à prendre désormais ses responsabilités et à ne pas décevoir. Faisons donc grâce, comme Dieu nous a fait grâce en Christ ! Et soyons conscients que les changements attendus ne se produiront peut-être pas aussi vite qu’espérés, comme il en est aussi souvent dans nos vies devant Dieu !

vendredi 6 août 2010

Chapitre 16, versets 19 à 31 (3)

1ère réponse d’Abraham à la prière du riche :

Le riche ayant prié Abraham, Jésus le fait répondre à la demande pressante de compassion que celui-ci lui a adressé. Si un tel dialogue a lieu dans l’histoire que Jésus raconte, nous ne devons pas penser qu’il existe en réalité. Ce dialogue existe pour qu’une fois pour toutes, morts comme vivants, nous sachions et comprenions pour quelles raisons la rétribution qui attend les perdus est ce qu’elle est : une souffrance à la fois intense et irréversible.

La réponse d’Abraham à la prière du riche tient en deux points :

- le 1er est une justification de la raison de la souffrance que le riche éprouve. Abraham renvoie le riche à ce qu’a été sa vie ici-bas et aux choix qui l’ont présidée. Il lui explique ainsi qu’une loi unique préside à notre destinée : notre éternité ne sera pas quelque chose de neuf, mais la récolte, la moisson de ce qu’ici-bas, nous aurons semé. Si toute notre vie sur terre était centrée sur le fait d’y trouver ici et maintenant la satisfaction, c’est ici et maintenant que nous la connaîtrons. Le riche ne doit donc pas s’étonner de ne rien recevoir ou récolter dans l’au-delà : il n’a rien semé, ni préparé dans ce but. Par le rappel au souvenir de ce qu’a été la vie du riche, Jésus nous révèle aussi ce qui sera la principale cause de tourments des damnés : la mémoire de leurs fautes et de leurs choix. Si Dieu, par Sa grâce, ne se souvient plus de nos péchés, les damnés, quant à eux, ne les oublieront jamais !

- Le second est une mise au point. Aussi ardente soit la prière du riche dans le séjour des morts, il est impossible à Lazare d’y répondre. La situation du riche comme celle de Lazare, dans les lieux où il se trouve, est définitivement fixée. La séparation qui a existé du vivant des deux, entre le monde dans lequel vivait le riche et celui dans lequel vivait Lazare, est définitivement entérinée. Quand bien même il le désirerait, Lazare ne pourrait porter secours au riche, et le riche quitter son lieu de tourment. Inutiles sont tous les efforts entrepris de la terre pour changer la condition de ceux qui, avant nous, sont partis vers l’au-delà : il est, dit l’Ecriture, réservé aux hommes de mourir une seule fois après quoi vient le jugement : Hébreux 9,27.

Suite et fin du dialogue :

Réalisant le malheur qui le frappe et dont, ici-bas, il n’avait pas eu, selon lui, assez conscience, le riche adresse une seconde demande à Abraham pour les 5 frères qui lui restent afin, qu’au moins, eux ne viennent pas le rejoindre dans ce lieu de tourments. Etonnant de voir comment, à la lumière de l’éternité, les vraies priorités s’ordonnent. Alors qu’ici-bas il ne se souciait aucunement de son âme, voilà soudain que le riche se découvre dans l’au-delà une mission d’évangéliste, nous révélant par là même, si l’on devait établir un ordre de priorité, quelle est l’activité le plus urgente à laquelle les hommes devraient sur terre se donner.

Comme la précédente, la requête du riche, qui était que Lazare soit envoyé du ciel pour témoigner à ses frères de l’urgence pour eux de se préparer à l’éternité, n’est pas reçue. Si ici-bas, toutes nos prières peuvent être entendues, Jésus montre ici qu’aucune de celles que pourront adresser les damnés ne le sera. C’est avant notre mort qu’il nous faut prier et demander à Dieu d’exercer Sa grâce pour nos vies ou celles des autres. Après il est trop tard !

La raison du refus de l’exaucement de la demande du riche n’est cependant pas qu’affaire de principe. Elle tient à une réalité : c’est le fait que les frères du riche ont, selon Abraham, déjà à leur disposition tout ce qui leur est nécessaire pour savoir ce qu’il en est pour leur avenir éternel. Car eux aussi sont, comme le riche, des enfants d’Abraham, des juifs, peuple qui, depuis toujours, est au bénéfice de la Révélation de Dieu, du témoignage de la Loi et des Prophètes : cf Rom 3,1-2 ; 9,4-5. Abraham l’atteste avec une totale certitude : s’ils n’écoutent pas le témoignage que Dieu a rendu de Lui-même dans Sa Parole, témoignage qui a traversé les siècles, ils ne se laisseront pas davantage persuader quand bien même quelqu’un reviendrait des morts pour leur parler !

Conclusion :

A la lumière de la fin du dialogue fictif que Jésus a établi entre Abraham et le riche, deux conclusions s’imposent à nous, croyants :

- la 1ère, déjà soulignée, est que rien n’est plus urgent pour nous dans ce monde que le fait d’être des évangélistes, des témoins actifs de la Bonne Nouvelle. S’il y a une chose que le riche aurait aimé faire, si la possibilité lui était donné de revenir sur terre, c’est de s’acquitter de cette mission auprès des vivants. Croyons bien aujourd’hui que si un Gainsbourg ou un Coluche revenaient ici-bas, ils ne nous parleraient avec insistance que d’une seule chose : l’urgence de se réconcilier avec Dieu !

- la seconde est que la Bible, la Parole de Dieu, est le moyen par excellence que Dieu nous a donné pour croire à la Bonne Nouvelle. La foi, dira Paul, vient de ce que l’on entend et ce que l’on entend de la parole du Christ : Rom 10,17.

Allons donc et, par la force que Dieu nous donne, témoignons ! Nous ne serons jamais plus au centre de la volonté de Dieu qu’en faisant cela !

jeudi 5 août 2010

Chapitre 16, versets 19 à 31 (2)

3. la mort : suite et fin

Arrive pour Lazare comme pour le riche (la richesse n’est ici d’aucun secours) le moment inéluctable de la mort. Jusque dans la mort, l’inégalité qui a marqué la vie de Lazare et du riche continue. Il est à noter que c’est Lazare, sans doute usé et prématurément vieilli par la dureté de la vie, qui mourra le premier. On le sait tous : l’espérance de vie est toujours plus grande pour les habitants des pays riches que pour ceux des pays pauvres. Nul doute aussi que la cérémonie d’enterrement des deux hommes fut fort différente. Que n’a-t-on pas dit et que n’a-t-on pas fait pour le départ du riche : homme prospère, qui a réussi, qui a tant fait profiter de sa richesse à ses amis… En silence, dans l’indifférence la plus complète, le pauvre est parti. Il a quitté la société des hommes de la même manière qu’il a vécu au milieu d’elle : dans l’inexistence la plus totale. Vient alors la suite…

La porte du tombeau à peine fermée que déjà s’ouvre pour chacun celle de l’au-delà. Tout soudainement s’inverse. Le riche qui était dans le confort et l’aisance connaît le tourment et la souffrance. Le pauvre qui passa son temps ici bas à souffrir est maintenant consolé. Lazare étant comblé, Jésus donne la parole au riche. S’il y a quelqu’un de qui les vivants, pour acquérir bon sens, sagesse et intelligence, peuvent apprendre, c’est bien de celui qui, parti avant eux, a raté son passage dans l’au-delà. N’ayant que ce texte dans la Bible pour nous en parler de manière aussi explicite, il revêt pour nous qui sommes encore ici-bas, une importance accrue ! Ecoutons donc avec attention la parole du riche, message venant de l’au-delà servant d’avertissement à nous qui n’y sommes point encore !

a. 1ère surprise : le riche fait l’expérience que, bien que mort, il ne l’est pas. Il vit toujours. Il peut voir, sentir, parler. Il est conscient et en pleine possession de ses moyens. Il sait qui il est et se souvient avec exactitude de toute sa vie passée. Nul doute que cette surprise sera la première et la plus grande de tous ceux qui, athées, se réveilleront, après leur mort, aussi vivants, si ce n’est plus, qu’avant !

b. 1ère constatation : le riche et Lazare, comme il en fut du temps de leur vivant, ne sont pas dans le même lieu. Tandis que Lazare est dans le sein d’Abraham, vers lequel il a été porté par une cohorte d’anges, le riche est dans le séjour des morts, en attente de son jugement.

c. Seconde surprise : le riche voit Lazare dont il se rappelle. Alors que, sur terre, il n’avait fait de lui aucun cas, il lui porte soudainement une grande attention. Dans son malheur, il a la chance de connaître quelqu’un qui est dans le séjour des bienheureux. Peut-être peut-il faire quelque chose pour lui !

d. Seconde constatation : pour la première fois de sa vie, le riche se met à prier. Lui qui n’en a jamais fait preuve durant toute sa vie terrestre envers Lazare, il demande qu’on ait compassion de lui et que Lazare lui soit envoyé pour le soulager dans ses souffrances !

Si quelqu’un venait à douter de la réalité de la souffrance des perdus, le contenu de la demande du riche devrait suffire à elle seule pour le convaincre de la réalité de son acuité. Le riche demande que Lazare lui apporte ce qui, ici-bas, est pour nous la chose la plus vitale et la plus courante : de l’eau. Oui ! Jésus l’atteste ici sans ambiguïté : l’enfer avec ses flammes dévorantes, sa souffrance insupportable, ses remords et ses tourments existent bien ; et rien n’est prévu dans ce lieu pour qu’ils soient soulagés ! La leçon de l’histoire aboutit, dans le cadre du sujet de la richesse, à une terrible conclusion : mieux vaut, dit en quelque sorte Jésus, mendier du pain sur terre et finir au ciel que de mendier de l’eau en enfer après avoir été riche sur terre.

Suite à venir...

mercredi 4 août 2010

Chapitre 16, versets 19 à 31 (1)

Le riche et Lazare


Toujours dans le cadre du sujet de la richesse, Jésus poursuivit en racontant l’histoire de deux hommes que, déjà ici-bas, tout sépare, et qu’un destin tout aussi différent que ne furent leur parcours et leur condition ici-bas attend dans l’au-delà.

1. le 1er homme :

Il est, selon le regard qu’en porte Jésus, le riche par excellence. Tout son comportement illustre pour Jésus les priorités et les attitudes de celui que la richesse, le dieu Mamon, domine. Celui que la richesse possède, montre Jésus, ne vit que pour une seule chose : tirer au maximum profit, jouissance pour lui-même et pour le temps présent de ce qu’elle lui permet d’acquérir. Car tel est le pouvoir de la richesse, qu’elle permet, en même temps qu’elle les révèle, de satisfaire toutes les envies et tous les désirs du cœur : bonne chère, plaisir, vie dispendieuse dans le luxe et le clinquant… Si tel est l’endroit du tableau de la richesse, Jésus prévient que celui-ci comporte inévitablement un envers. Il est impossible, dit en quelque sorte Jésus, d’engraisser sa chair sans, en contrepartie, rendre insensible son esprit. Aussi généreux soit-il avec lui-même, aussi avare, montre Jésus, est le riche avec les autres, et plus particulièrement avec ceux qui, tel Lazare, sont les nécessiteux qui sont à sa porte. Aussi soucieux est-il de satisfaire les moindres désirs de sa personne, plus insensible que des chiens se montre-t-il, en terme de compassion, face aux besoins vitaux des autres. Aussi préoccupé se révèle-t-il de jouir dans le temps présent, aussi aveugle paraît-il face à l’échéance inéluctable de sa fin et du jugement de Dieu qui s’ensuivra. Tel est le riche dans tous ses traits et ses défauts.

2. le 2ème homme :

Contrairement au riche, Jésus nous donne son nom : Lazare. Ce détail n’est pas sans importance. Il revêt une double signification :

- par sa signification d’abord : Lazare signifie « Mon aide vient de Dieu ». A l’opposé du riche non-croyant, Lazare est pour nous l’incarnation du vrai croyant, pauvre pour ce monde, mais riche dans son espérance et sa foi en Dieu.

- par la relation qui le lie à Dieu. Si le riche n’est pas connu de Dieu, le pauvre l’est. Dieu ne sait pas qui est le riche : Il n’a pas de relation personnelle avec lui. Il sait par contre qui est Lazare. Son nom lui est connu parce qu’il fait partie du cercle de Ses relations.

La condition du pauvre nous est ici décrite à l’extrême opposé de celle du riche. Contrairement au riche qui peut satisfaire tous ses désirs et vivre dans le superflu, toute la préoccupation du pauvre tourne autour de la survie et de ses besoins vitaux. Bien qu’étant proches physiquement l’un de l’autre, Lazare et le riche vivent, à l’intérieur d’eux-mêmes sur deux planètes totalement séparées l’une de l’autre. Rien de ce qui préoccupe chaque jour le riche, ne préoccupe Lazare dans le quotidien. Penser à ce que le riche pense est, plus qu’inconcevable pour lui, inexistant. Que sait, en effet, Lazare d’habits riches et somptueux, lui qui n’est vêtu que de loques ? Que sait-il de la chaleur d’une maison confortable, pleine d’amis, lui qui, exposé aux vents et aux intempéries, vit sous un porche et n’a pour compagnie que des chiens errants ? Que sait-il d’un corps replet, reluisant de graisse, lui que tourmente chaque jour ulcères et plaies variqueuses ?

La même remarque, au sujet de l’endroit des deux tableaux, s’applique cependant à leur envers. Alors que les préoccupations spirituelles sont inexistantes dans le champ des pensées du riche, elles occupent pourrait-on dire, tout l’espace ou presque de celui de Lazare. Si la richesse a l’avantage de permettre à celui qui la possède d’acquérir tout ce qu’il souhaite pour son plaisir, la pauvreté possède en elle-même aussi ses atouts. Là où la richesse ferme le cœur, la pauvreté l’ouvre. Placé dans les faits face à la vanité, le non-sens, la dureté de la vie, la pauvreté invite le pauvre à sortir de lui-même pour chercher en Dieu, et non en lui-même ou dans les choses de la vie, son espérance. Tel fut Lazare qui, contrairement au riche, était, par l’obligation due à sa pauvreté, au cœur des questions essentielles.

Sans doute l’exemple pris ici par Jésus touche-t-il à des extrêmes. Connaissait-Il des cas similaires ou a-t-Il inventé l’histoire de A à Z. Le bon sens nous fait pencher pour le fait que ce que Jésus utilise ici pour mettre en évidence les vérités qu'il veut faire passer ne doit pas être si éloigné que cela de la réalité ! Dans son côté tragique concernant Lazare, l’histoire est aussi là pour témoigner d'un fait que, au seul regard de nos yeux et du jugement rapide que l’on pourrait porter sur la situation, l’on ne soupçonne pas. Ce fait est que, au sein de la plus extrême misère, peut s’épanouir la fleur de la foi et d’une vie personnelle avec Dieu. Alors qu’on pourrait penser le contraire (il est plus facile de croire en Dieu quant tout va bien), la parabole de Jésus met en évidence la réalité inverse. Tandis qu’aucune graine d’espérance ne germe sur la terre dure du cœur du riche, le cœur du pauvre se révèle être le terreau favorable pour qu'éclose la graine de la vie éternelle. Habitants de pays riches, vivant dans l’aisance et le superflu, nous sommes toujours surpris d’entendre des gens frappés par le malheur témoigner de leur amour et de leur espérance en Dieu (cf Haïti). La réponse à cet étrange paradoxe se trouve ici, dans le labour secret qu’a opéré la souffrance dans les cœurs.

Riche et pauvre : deux destins, dont l’un seul, est véritablement enviable. Dans cette vie, le riche a la faveur de tous. C’est au jour de la mort, jour où tous les compteurs des gains matériels sont mis à zéro chez chacun que se montre, en ce qui concerne la vie éternelle, qui est le gagnant et le perdant !

mardi 3 août 2010

Chapitre 16, versets 14 à 18

Loi et grâce


A l’écoute de l’enseignement de Jésus sur le rapport que doivent avoir Ses disciples avec l’argent, les pharisiens, dont l’un des péchés était de l’aimer, se mirent à tourner le Maître en dérision. Jésus saisit l’occasion de cette confrontation pour étendre l’enseignement qu’Il venait de donner à une question primordiale : la conception que l’on doit avoir de la place de la loi dans le cadre nouveau de la grâce qu’Il est venu inaugurer par l’Evangile.

Le sujet étant d’importance, Jésus ne pouvait le traiter sans que les pharisiens soient un tant soit peu prêts à L’écouter. Aussi commence-t-Il à l’aborder en les reprenant pour leur attitude sarcastique envers Lui. Il leur rappelle, à eux qui se veulent les champions de l’observance de la loi, que ce n’est pas sur la base des apparences que Dieu juge les hommes, mais sur ce qui se trouve effectivement dans leurs cœurs en termes de vérité de justice, de vérité ou d’honnêteté. S’ils prétendent craindre Dieu et Le vénérer, les pharisiens devraient apprendre à faire preuve de davantage de modestie et d’humilité. Ces choses dites, Jésus peut passer au sujet clé qui Le préoccupe.

L’objectif de Jésus dans Son propos sur la place de la loi dans le cadre de l’ère de la grâce est clair : Il veut prévenir. Confronté d’une part aux pharisiens, qui L’accusent de se faire trop facilement l’ami des pécheurs et des gens de mauvaise vie, d’autre part à la foule, qui ne cesse de Le presser pour recevoir de Lui quelque grâce, Jésus pourrait donner l’impression fausse que, à cause de la grâce dont Il est le porteur, la loi soit désormais caduque. Face aux pharisiens qui, à raison, plaçaient la loi au centre de leur relation avec Dieu et aux gens de mauvaise vie qui, à tort, seraient tentés de passer outre ses exigences pour forcer avec violence leur entrée dans le royaume de Dieu, il Lui est nécessaire de préciser les choses.

Jésus revient donc à Jean pour expliquer Son propos. Si, avec Jean, la seule condition exigée pour entrer dans le royaume de Dieu est la repentance, pour autant, précise Jésus, la loi n’a rien perdu de son actualité. Car le but de la repentance est de donner aux pécheurs l’accès à la grâce de Dieu, et le but de la grâce est d’amener le pécheur à vivre désormais selon l’esprit et les critères de la loi. La grâce de Dieu ne nous est pas uniquement donnée pour le pardon de nos fautes passées. Elle a comme objet ultime de nous insuffler la force de vivre à la hauteur des exigences que nous n’avons pu suivre sans elle. Ce serait donc se méprendre, dit en quelque sorte Jésus, de penser que, parce qu’Il est venu apporter aux hommes la grâce de Dieu, les exigences de la loi ne soient plus le niveau auquel Dieu désire que les hommes se réfèrent pour leur conduite. La loi est toujours en vigueur sous la grâce et, pour exemple, Jésus rappelle que les critères qui définissent ce qu’est un adultère aux yeux de Dieu restent les mêmes !

Le débat, ouvert ici par Jésus, ne manquera pas, par la suite, de faire couler beaucoup d’encre, entre autres, l’encre de plusieurs épîtres qui, dans le Nouveau Testament, traitent du sujet : Galates, Romains, mais aussi Jacques… Ce débat montre le danger du déséquilibre auquel nous sommes constamment exposés entre laxisme et légalisme. Seule une vie sous la direction de l’Esprit de Dieu nous garde des excès de l’un et de l’autre.

Que Dieu nous garde de faire de la grâce un prétexte pour vivre selon la chair. Qu’Il nous garde en même temps de juger trop rapidement quiconque ne semble pas, dans les apparences, s’aligner à nos références. C’est dans notre cœur d’abord que nous devons sanctifier notre Seigneur : 1 Pier 3,15.

lundi 2 août 2010

Chapitre 16, versets 9 à 13

L’argent : maître ou serviteur ?

La 1ère leçon que nous enseigne la parabole racontée par Jésus est que nous sommes, à l’égard de l’argent qui passe entre nos mains, non des propriétaires, mais des intendants. Cette définition que Jésus donne de notre statut à ce sujet est primordiale. Inévitablement, en effet, il apparaît que le fait d’être propriétaire de quelque chose crée un lien beaucoup plus fort avec la chose possédée que le fait d’en être un simple gérant. Par un curieux paradoxe, il s’ensuit que, plutôt que le gérant qui reste libre à l’égard des biens qu’il a sous son intendance, c’est le propriétaire qui est le plus exposé au risque de se trouver asservi aux biens qu’il possède.

Comme l’intendant de la parabole, gérant les biens de son maître, Jésus nous appelle ici quelque part à considérer l’argent qui passe entre nos mains comme un bien que Dieu nous appelle à gérer pour Lui. Car, comme Dieu l’a déjà dit ailleurs, or et argent Lui appartiennent d’abord : Aggée 2,8. Si nous sommes les intendants, le maître de la parabole est Dieu ! Or, Jésus le souligne ici à plusieurs reprises, de tous les biens que Dieu possède, l’argent est de loin le plus injuste. Il n’y a sur terre aucun argent qui ne soit réellement propre et qui, du début à la fin du circuit qu’il emprunte, ne soit entaché par quelque injustice. C’est donc avec grande prudence, et comme un bien qui risque de brûler les doigts de celui qui s’y attache, que Jésus nous invite à considérer l’argent.

Comment faire, en tant que disciple de Christ, pour tirer profit au maximum de l’argent, puissance mauvaise en elle-même, qui passe entre nos doigts ? A l’image de ce qu’a fait l’intendant avisé, Jésus nous indique ici la solution : utiliser ce matériau mauvais mais inévitable pour, avec lui, nous faire des amis. Puisque l’argent permet de tout acheter, dit en quelque sorte Jésus, utilisez-le dans ce monde comme un moyen de gagner l’estime, l’amitié, la considération d’autrui et lui permettre, à travers ce moyen, de connaître le Sauveur à qui vous appartenez. Bien que cela pourrait y ressembler, il ne s’agit pas ici de soudoyer les autres pour les gagner à Christ. Jésus ne dit pas que, par l’argent, on peut convertir quelqu’un. Mais on peut détruire la barrière du préjugé et créer le lien qui permet ensuite à celui qui a été sensible par un geste altruiste de notre part d’entendre et de recevoir autrement que sans ce geste le témoignage que nous voulons lui rendre.

Outre cette utilisation possible de nos biens pour gagner des âmes à Christ, âmes que l’on aura la joie de retrouver au ciel, Jésus nous dit que la gestion de l’argent est, dans nos vies, le 1er niveau à partir duquel Dieu éprouve notre loyauté et notre fidélité. Rien de tel que d’avoir entre les mains quelque chose qui peut nous corrompre pour évaluer notre fidélité à Dieu. Si donc, dit Jésus, nous ne sommes pas capables de passer avec probité le test de la gestion de biens inférieurs et injustes, comment Dieu pourrait-il nous confier des domaines de gestion bien plus grands et supérieurs : les biens spirituels de Son royaume, les âmes… ? Ne négligeons donc pas la façon avec laquelle nous gérons les biens et les capitaux que Dieu nous donne dans cette vie. Il est le domaine particulier dans lequel, aux yeux de Dieu, nous faisons ou non nos preuves, domaine qui peut, selon le cas, permettre à Dieu de nous ouvrir ou fermer la porte à la gestion de plus grands biens..

Jésus conclut son enseignement sur l’argent en disant que, face à lui, il n’y a pour nous que deux possibilités : ou celui-ci est notre maître, ou il est notre serviteur. Notre cœur qui ne bat que pour une seule chose ne peut, en tout cas, s’attacher à la fois profondément à Dieu et à l’argent. Ou, par amour, nous servons l’un et haïssons l’autre ou vice versa.

Que Dieu nous donne d’être libre de toute affection malsaine pour les richesses injustes !