samedi 24 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (4)

La décision du retour vers le père : v 17 à 19

C’est alors qu’il est au plus bas et au plus mal que, revenant en quelque sorte à lui et à la raison, le fils prodigue rentre en lui-même pour faire le point de sa situation et tirer les conclusions qui s’imposent au sujet du choix de la liberté qu’il a fait. Qu’a-t-il gagné pour lui-même dans ce choix ? Il suffit pour le fils prodigue d’ouvrir les yeux pour se rendre à l’évidence : affamé, sans le sou, abandonné de ses amis, entouré de cochons puants, non seulement il n’a rien gagné, mais il a tout perdu : argent, dignité, estime de soi…

Où commence pour un pécheur la voie qui mène au salut ? Toujours au même point de départ : ce moment où, cessant de porter les regards sur les mirages de la liberté sans Dieu, nous rentrons en nous-mêmes et, avec courage et honnêteté, faisons le compte des gains réels que celle-ci nous a procuré. Encore et toujours, nous ferons le même constat : suivre le chemin de notre propre liberté ne peut mener qu’à la dégradation morale de notre être et à notre appauvrissement dans tous les domaines. Parvenu à ce point, un mot, revenant à trois fois dans le court dialogue intérieur qu’à le fils prodigue avec lui-même, s’impose soudainement à lui, dans sa situation, comme la source unique d’espoir : le mot père :

- en pensant à lui, il se souvient du sort bien plus enviable que le sien des employés qui le servent. Or, qui sont les employés : des subalternes, des hommes qui n’ont pas de liberté propre. Leur condition se réduit au fait d’être disponible pour exécuter en temps et en heure les ordres du maître de maison. Pourtant, le fils doit l’admettre : à cause de la générosité et de la justice dont fait preuve le père à leur égard, leur condition est meilleure que la sienne, lui, le fils égaré qui a voulu sa liberté.

- en pensant à lui, le fils y voit pour lui la seule issue possible, l’unique solution pour un avenir de toutes façons meilleur que son présent : j’irai chez mon père, décide-t-il ! Si, au moment du départ, le vécu passé avec le père, l’éducation reçue n’a pas fait le poids pour empêcher le fils de partir, c’est ici, au moment du retour, qu’elle montre à la fois toute sa force et sa valeur. Croyons que ce n’est pas pour rien, en tant que parent, que nous faisons ce que nous faisons pour nos enfants. Si, à un moment de leurs vies, ils semblent le rejeter pour « vivre leur vie et faire leurs propres expériences », viendra aussi le moment où ils se souviendront de ce qui, à la maison, leur a été donné et ce qu’ils ont reçu. Comme le fils prodigue, il nous faut malheureusement souvent passer par bien des chemins d’égarement pour devenir les être lucides sur nous-mêmes, les autres et la vie que Dieu veut que nous soyons.

- En pensant au père, le fils prépare une confession en trois points :

1er point : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Juste confession ! J’ai péché : j’ai fait ce qui n’était pas juste, bien, droit, convenable. Je suis passé à côté du but, à côté de la vraie vie. Je suis le seul responsable de ma situation. J’ai péché non seulement contre toi, mais aussi contre le ciel. le péché commis contre son prochain est toujours, d’abord, un péché commis contre le ciel : Ps 51,5-6.

2ème point : Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Le fils a raison : le péché nous fait toujours descendre gravement dans l’échelle de la dignité. Par le péché, non seulement nous ne nous comportons plus comme des fils de Dieu, mais pas même comme des hommes : nous ne valons pas mieux que les cochons qui composaient la seule et dernière compagnie du fils perdu. Alors que nous sommes appelés à refléter l’image de Dieu, le péché, montre l’Ecriture, nous rend plus proche de l’animal que de Lui : 1 Cor 2,14 : l’homme naturel = l’homme animal ; 2 Pier 2,12.

3ème point : traite-moi comme l’un de tes employés. Tout en espérant être accueilli par le père, le fils n’espère plus occuper dans la maison le rang passé qui était le sien. Etre simplement au niveau des employés sera pour lui déjà une grâce bien suffisante. Comment pourrait-il oser demander plus ? La demande du fils au père, suite à son retour d’une vie de péché, est, pourrait-on dire, typiquement humaine. Rongés que nous sommes par la culpabilité et la réalité de notre état lamentable, nul d’entre nous ne pense véritablement être rétabli. Tous, nous pensons quelque part qu’il est juste que nous payons une partie de la conséquence de nos actes, par la fait que Dieu se tienne à distance de nous. Rien désormais, pensons-nous, ne pourra plus être avec Dieu comme avant.

Mais le fils réfléchit-il bien à ce qu’il demande ici ? Comment le père pourrait-il chaque jour voir le visage de son fils parmi ses employés sans que ses entrailles ne s’émeuvent jusqu’au plus profond de lui-même ? Comment pourrait-il indéfiniment retenir les puissants mouvements d’affection qui, à sa vue, jailliront spontanément de son cœur. Dieu n’est pas John Wayne. Des trois propositions préparées par le fils, deux seulement seront reçues par le père. Il n’est pas difficile de deviner laquelle ne le sera pas !

Ayant décidé, le fils passa aux actes. Il quitta le lieu où il était et le maître qu’il servait pour entreprendre la longue route qui le ramenait sur ses pas. Se repentir dans son cœur est une bonne chose. Mais la vraie repentance est toujours celle qui se traduit par des actes concrets : Luc 3,10 à 14. Que Dieu nous donne le courage de traduire immédiatement en actes ce que, dans notre conscience le Saint-Esprit nous montre comme chemin à emprunter pour revenir au Père !

vendredi 23 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (3)

Retour brutal à la réalité : v 14 à 16

Le retour brutal à la réalité se manifesta, pour le fils prodigue, par la conjonction de deux faits, certes indépendants l’un de l’autre, mais agencés de telle manière qu’on les dirait voulus pour produire dans son cœur l’effet à l’origine de la suite de l’histoire. Le 1er fait est, qu’après la période de bombance, le fils prodigue doit soudainement faire face à l’indigence. Il doit apprendre la dure leçon que la période des plaisirs et des richesses ne dure qu’un temps, temps qui, tôt ou tard, sera suivi d’un face à face inévitable avec soi-même et sa pauvreté. C’est ce que nous sommes, non pas avec nos biens, mais sans eux, qui forment notre véritable richesse. Le second fait est que, conjointement à l’épuisement de ses ressources personnelles, c’est le pays tout entier dans lequel il se trouve qui est plongé dans la disette. Dans les temps d’abondance, celui qui devient pauvre peut toujours espérer se refaire vite une santé. Toute autre est la situation de celui qui, devenu pauvre, doit, dans le pays où il habite, faire face en plus à une période de crise générale.

La situation dans laquelle se trouve le fils prodigue porte en elle-même pour nous un enseignement et une question :

- le 1er est que Dieu, dans Sa souveraineté et Sa grande bonté, est capable de créer les événements obligeant le pécheur à faire face aux conséquences de son péché. Pour celui qui pèche vient inévitablement le moment où il doit sortir de l’illusion dans laquelle le péché l’a conduit pour faire face à la réalité de ce qu’il a effectivement perdu et détruit par sa pratique. Tous, en effet, que nous le voulions ou non, nous sommes soumis à la loi qui dit que ce que nous semons dans notre vie, nous le récolterons. En appui à l’effet de ce principe spirituel interne à la vie du pécheur, Dieu, souvent, agit, pour le faire revenir à lui, par une pression externe : les circonstances qui, jusque là, lui étaient favorables, ne le sont plus. Le vent tourne et le fils doit soudainement faire face à des problèmes qui le dépassent

- la question que soulève l’histoire du fils prodigue touche à notre présent et notre propre actualité. Alors que, partout, les anciennes nations dites chrétiennes passent, suite à l’abandon de ce qui a fait leur foi passée, par une crise économique sans précédent, la question se pose. La récolte en interne de ce que nous avons semé, ajoutée à la crise externe que nous traversons, n’est elle pas le moyen que Dieu utilise pour, comme le fera le fils prodigue plus tard, rentrer en nous-mêmes et nous interroger sur les sources et les causes de l’état de pauvreté et de délabrement de nos sociétés ? Puisse-t-il, par la grâce de Dieu, en être ainsi !

Privé de ressources, le fils, à l’opposé de sa volonté, dut se résoudre à prendre l’emploi le plus humiliant qu’on lui proposa : gardien de cochons. Mieux que par de grandes explications, son parcours illustre pour nous où aboutit, pour celui qui a connu le Père, le chemin choisi de la rupture, de l’autonomie et de la soi-disant liberté revendiquée. Non seulement le fils est méconnaissable dans l’emploi qu’il occupe, mais tout espoir pour un avenir meilleur lui est ôté. A ce stade, il ne lui reste, pourrait-on dire, que deux solutions : soit le suicide, soit la voie qu’il va emprunter. Ce choix ne sera pas le fait du hasard. Il repose sur de puissants leviers cachés dans le cœur, source d’espoir pour nous en songeant à tous ceux qui, comme le fils prodigue, ont un jour choisi de quitter la maison du père pour suivre le chemin de leur propre liberté.

jeudi 22 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (2)

L’usage qu’il fait de sa liberté : v 13

Eloigné de la présence et du regard du père, livré à lui-même, le fils prodigue ne tarda pas à montrer pour quelles motivations il revendiquait le droit à la liberté. Jamais l’homme ne montre davantage ce qu’il est, ce qui l’habite, lorsque plus aucune crainte, plus aucun frein ne l’empêche de faire ce que son cœur lui dicte. Irrésistiblement, ses tendances naturelles le conduisent, non vers la noblesse, mais vers la bassesse. La rapidité avec laquelle le fils prodigue passe d’une vie stable, cultivée, éduquée dans les bons principes à une vie dissolue souligne deux choses :

- la 1ère est le peu de force qu’a l’éducation donnée, malgré le bien et l’utilité qu’elle est, pour retenir le pécheur lorsqu’il a décidé, en son for intérieur, de suivre la voie de sa propre volonté et de ses désirs. L’éducation n’est un bon partenaire pour la vie que pour celui dont le cœur est bien disposé à l’égard de Dieu : exemple : Timothée : 2 Tim 3,14-15. Pour le rebelle, elle n’a, sur le moment, pas le pouvoir d’être un frein suffisamment puissant pour l’empêcher de vivre ce qu’il a décidé de vivre.

- La seconde est que, contrairement aux deux paraboles précédentes qui éludaient plus ou moins cette question, le fait de se perdre n’est pas dû au hasard. Le fils prodigue, montre la parabole, est le premier responsable de la situation dans laquelle il se met. Rappelons-nous que ce n’est jamais dû ni à Dieu, ni aux autres si nous nous éloignons de Lui pour sombrer dans une vie dissolue et dégradante. Nous sommes nous seuls d’abord, responsables des choix que nous faisons, responsabilité d’autant accrue que nous avons été instruits et formés dans les principes d’une autre vie.

Remarquons aussi, dans cette responsabilité qui est la sienne, l’irresponsabilité dont fait preuve le fils prodigue dans l’usage qu’il montre de la liberté toute neuve qu’il vient d’acquérir. Une caractéristique flagrante du pécheur est la courte vue qu’il a de sa vie. Pour lui, seul le plaisir du temps présent, du moment qui passe compte : mangeons et buvons, se dit-il, car demain nous mourrons : 1 Cor 15,32. Telle est aujourd’hui encore la philosophie qui sous-tend le comportement de tous ceux qui, matérialistes, épicuriens, sont les adeptes de l’hédonisme. « Profitons de la vie maintenant sans nous soucier de demain : ni des conséquences de nos actes, ni du jugement éventuel d’un Dieu. » Tôt ou tard cependant, le retour à la réalité, le réveil se produit. Et plus l’inconscience et l’irresponsabilité ont été grandes, plus le retour à la réalité, tel celui d’un boomerang jeté avec force, est douloureux !

mercredi 21 juillet 2010

Chapitre 15, versets 11 à 32 (1)




La parabole du père et des deux fils

Si les deux premières paraboles décrivaient, sous la forme de la métaphore, la réalité de l’amour de la Divinité pour les hommes égarés et perdus, réalité qui est la cause de la proximité voulue de Jésus avec les pécheurs, nous entrons avec cette parabole dans la description réaliste de ce que sont les sentiments de Dieu, incarné ici par le père, à l’égard de ceux qui, comme les pécheurs représentés par le fils prodigue, revendiquent leur autonomie à Son égard, comme de ceux qui, tout en prétendant Lui être fidèles, comme les pharisiens, vivent sans connaître ce qu’Il est au fond de Lui-même. Après avoir séparé les deux groupes en 1/100, puis 1/10, ils se restreignent ici à un rapport de 1/2. Sans repentance ou conversion, Jésus veut montrer aux pharisiens que, quel que soit le groupe auquel chacun appartient, la situation de tous est la même : les uns sont aussi séparés du Père que les autres. Aucun ne Le connaît. La seule différence réside dans les apparences : si l’état de séparation est, dans les faits, constatable, flagrant chez les uns (les pécheurs, le fils prodigue), il est, quoiqu’invisible, non moins réel dans le cœur chez les autres (les religieux, le second fils).

Regard sur les trois personnages de l’histoire :

1.       le fils prodigue :

a. sa décision de départ

Reconnaissons qu’il fait preuve, dans la démarche qui, pourtant, le mène à la ruine, d’une qualité : la franchise, l’honnêteté. Clairement, le fils prodigue, en demandant au père, avant même qu’il soit mort,  la part d’héritage qui lui revient, affiche ses intentions. Il ne veut pas attendre pour avoir sa liberté. Il la veut immédiatement. Il ne veut plus rien dans sa vie qui ait l’apparence d’un fil à la patte, d’un lien de dépendance forcé avec le père. Ayant obtenu ce qu’il désire, il ne tardera d’ailleurs pas à traduire dans les faits ce qu’il ruminait, les intentions cachées de son cœur. Rares sont ceux qui, ayant la liberté de faire quelque chose, acceptent de s’en priver. La raison, l’éducation, la bienséance peuvent, après que le fils prodigue ait acquis sa liberté, le retenir quelques jours à la maison. Mais l’appel et la tentation de s’affranchir sont trop forts : la rupture, consommée dans le cœur, ne tarde pas à se traduire dans les faits.

Le premier enseignement que nous apporte la parabole est que le péché prend toujours ses racines au même endroit : le terrain de la revendication à l’autonomie et à l’indépendance à l’égard de Dieu, le Père. Ici, cependant, il faut faire une remarque. Même si nous pensons qu’ils nous reviennent, les biens que nous revendiquons comme nôtres, et qui constituent ce capital que nous nous sentons libres de dépenser comme nous le voulons, viennent à l’origine de Lui. Nous n’aurions rien et nous ne pourrions rien si, au départ, Dieu ne nous avait doté et enrichi de Ses biens. Dans le péché, nous ne faisons que gaspiller les biens que Dieu, dans Sa bonté, nous a donnés. Même si, dans sa volonté d’autonomie, le fils prodigue voulut se couper du père, il ne peut effacer le fait que tout ce qu’il peut faire, c’est à sa générosité seule qu’il le doit. Voyons dans la suite de l’histoire vers quoi sa liberté va le mener !

lundi 19 juillet 2010

Chapitre 15, versets 8 à 10

La parabole de la drachme perdue

Peut-être nous est il arrivé, en feuilletant un magazine de tomber sur le jeu des différences. Deux dessins mis côte à côte semblent identiques. Mais en les observant de plus près, on constate des changements dans quelques détails. Mises à côte à côte, la parabole de la drachme perdue et celle de la brebis égarée sont identiques sur le fond. Elles ont comme objet le même enseignement. C’est par les différences qu’elles comportent qu’apparaissent les nuances que Jésus a voulu y apporter. Comptabilité et analyse des différences et ressemblances entre les deux tableaux :

1ère différence : le berger qui cherche la brebis s’est transformé en une femme qui cherche une pièce d’argent. Si Jésus est, des personnes de la Divinité, Celui qui est à même d’endosser le rôle du berger, beaucoup de commentateurs ont assimilé la femme au Saint-Esprit qui, avec la lampe de la Parole de Dieu : cf Ps 119,105, est à la recherche des âmes perdues.

2ème différence : la brebis égarée s’est transformée en une pièce d’argent commune perdue. La différence entre les deux est notoire. Si la brebis peut avoir conscience de son égarement, la pièce, quant à elle, ne sait rien de la situation dans laquelle elle se trouve. La pièce traduit bien la situation d’ignorance complète dans laquelle se trouve la plupart de nos contemporains quant à leur situation spirituelle devant Dieu. Ils sont perdus, éloignés de Dieu, mais n’en ont aucune conscience.

3ème différence : alors que les brebis en sécurité sont au nombre de 99, les pièces qui restent à la femme se limitent à 9. Le fait que le rapport entre ce qui est égaré et ce qui ne l’est pas passe de 1% à 10% apporte en apparence une forte valeur ajoutée au premier. L’objectif de Jésus dans la première parabole était de mettre en valeur la valeur d’une brebis par rapport au reste du troupeau. Une telle valeur n’aurait pas été mise en lumière dans la même proportion dans l’histoire de la drachme. Il fallait donc un rééquilibrage. La perte d’une seule pièce sur dix pour la femme équivaut à celle d’une brebis sur cent pour le bon berger. Dans les deux cas, la leçon est la même : une âme perdue est quelque chose d’infiniment précieux pour Dieu.

1ère ressemblance : l’empressement mis par le bon berger et la femme pour retrouver ce qui est égaré est le même. La leçon a pour but de montrer que ce n’est pas seulement le Fils, mais toute la Divinité et, en particulier ici, le Saint-Esprit, qui est investie dans l’œuvre de sauvetage des perdus : cf Jean 16,8 à 11.

2ème ressemblance : la force de la joie de la femme et du bon berger, après avoir trouvé ce qu’ils cherchaient, est aussi grande des deux côtés et s’extériorise de la même manière : chacun appelle ses amis et ses voisins pour fêter l’événement. La joie qui est dans le ciel pour un pécheur qui se repent est la joie de tout le ciel.

3ème ressemblance : la conclusion de Jésus pour les deux histoires est la même. Toute la Divinité travaille à notre salut. Toutes les créatures qui sont dans le ciel exultent lorsque nous y entrons.

Que Dieu soit béni pour l’œuvre d’éclairage du Saint-Esprit dans nos vies !

samedi 17 juillet 2010

Chapitre 15, versets 3 à 7

La parabole de la brebis perdue

Outre la liberté que Sa sainteté Lui donnait, Jésus donne ici et dans les deux paraboles qui suivront la raison majeure de Sa proximité voulue avec les gens de mauvaise vie. Toute la raison d’être de l’envoi par le Père du Fils dans le monde tient à une seule chose : le salut des hommes perdus, séparés de Dieu, égarés dans le péché. Chacune à sa manière, les trois paraboles que Jésus va donner témoignent de cette volonté commune de la Divinité.

La première parabole place la Divinité, et plus particulièrement le Fils, dans la peau d’un bon berger, soucieux, attentionné, préoccupé par la vie et la sécurité de chacune des brebis de son troupeau. Ce troupeau, le troupeau du berger, dit Jésus, compte 100 brebis, pas une de plus, ni, surtout, une de moins. Or, voilà qu’en comptant ses brebis, peut-être le soir, au moment de les rentrer dans la bergerie, le berger s’aperçoit que l’une d’entre elles s’est égarée. La parabole ne le dit pas, mais nul doute qu’il sait laquelle manque : le berger attentionné connaît chacune de ses brebis : Jean 10,14. Ce qui, pour un mercenaire, serait sans importance : Jean 10,12, tourne pour le bon berger au drame. Dans son cœur, la brebis manquante vaut tout le troupeau. Pas question pour lui de la laisser livrée à son sort et à la dent des prédateurs : sans lui, il le sait, elle n’a aucune chance de survie. Le bon berger décide donc d’une chose : il met en sécurité les 99 qui sont avec lui pour partir sauver sa brebis.

La décision du berger prise, Jésus s’attelle maintenant à décrire avec quel zèle, persévérance le berger cherche la brebis. Nous ne savons ni combien de temps la recherche a duré, ni dans quel lieu elle a conduit ses pas : Jésus se contente de dire que le berger poursuivra sa recherche jusqu’à ce qu’il la retrouve. L’histoire, pour autant, ne se termine pas là. Le fait d’avoir retrouvé la brebis perdue est une chose, mais il ne traduit pas à lui seul la réalité de ce que vit le berger. Jésus n’en parle pas, mais notons d'abord qu'aucun reproche n’est fait à la brebis. Celle-ci ne peut s’exprimer oralement. Mais on peut supposer à la fois la honte et le soulagement qui furent les siens en entendant la voix de son berger. Ce que fait ensuite le berger traduit pour nous les sentiments qui l’habitent, sentiments, rappelons-le, qui sont aussi ceux de la Divinité au sujet du salut d’un seul pécheur :

- le bon berger prend en charge la brebis. Il ne la laisse plus folâtrer selon son bon plaisir, mais l’installe sur ses épaules, le lieu le plus sécurisé qui soit pour elle

- le bon berger rentre à la maison rempli de joie : le troupeau est de nouveau complet. Comment aurait-il pu dormir, insouciant, en sachant sa brebis perdue, livrée aux prédateurs !

- le bon berger appelle ses amis et ses voisins pour fêter le salut de sa brebis perdue. Il fait participer à sa grande joie ceux qui lui sont le plus proches.

Tel est, dit Jésus, la réalité de ce qui se produit au ciel lorsqu’un seul pécheur sur terre, par la diligence et l’amour du bon berger, retrouve le chemin de la bergerie. Ce qui sépare Jésus des pharisiens, qui se considéraient comme les bergers de leurs congénères, est une seule chose : l’amour. Jésus montre aux pharisiens à quel point chacun de ceux qu’ils méprisent compte pour Lui et pour Dieu. Ils comptent plus, ou au moins autant, que l’ensemble de leur communauté réunie. Il n’y a donc rien d’anormal pour Lui d’être au milieu des pécheurs et des gens de mauvaise vie. C’est là la place d’un bon berger digne de ce nom, pour qui la perdition d’une seule brebis occasionne un fardeau plus grand que le bien-être du reste du troupeau mis en sécurité.

Que Dieu mette dans nos cœurs, à l’égard de ceux qui se perdent, les sentiments qui étaient en Jésus !

jeudi 15 juillet 2010

Chapitre 15, versets 1 et 2

Puissance d’attraction

Les trois paraboles qui forment le contenu de ce chapitre y figurent pour une seule raison. Alors que Jésus parcourait les rues des villes de Judée, Luc note que les gens dits de mauvaise vie, tels des métaux inexorablement attirés vers un aimant, s’agglutinaient spontanément autour de Lui. Cette puissance d’attraction exercée par Jésus sur les parias de la société ne manquaient pas de déranger et d’interroger ceux qui avaient fait de la séparation avec le péché le mot d’ordre de leurs vies. Comment Jésus, le Saint par excellence, pouvait-Il à la fois se mêler à des pécheurs notoires, et même manger avec eux, tout en maintenant dans Sa vie les normes élevées de la sainteté ? C’est pour répondre à ce type de questions que Jésus va raconter les trois célèbres paraboles de ce chapitre.

Un premier constat, quant à la question que pose la liberté choquante dont fait preuve Jésus, est que si, effectivement, Jésus est saint, la façon avec laquelle Il vit cette sainteté n’est pas repoussante pour ceux qui n’en sont pas capables. Si Jésus savait mettre une distance maximale entre Lui et le péché, cette distance ne se reportait pas dans Sa relation avec les pécheurs. C’est sans nul doute ici que se trouve le secret de la puissance d’attraction de Jésus. Jésus, de manière évidente, vivait la sainteté de manière décontractée. Il n’était pas habité, comme les pharisiens, par la crainte permanente de la contamination de la souillure au contact des pécheurs. Fondé, assuré, solidement établi dans la relation qu’Il avait avec Son Père, Jésus était libre d’aller dans tous les milieux et de côtoyer qui Il voulait sans que jamais, en quoi que ce soit, la proximité avec autrui n’affecte le niveau de Sa sainteté personnelle. Toujours, en tout lieu, le témoignage des Evangiles est formel : partout où Il passait, c’est Jésus qui exerçait l’ascendant moral et spirituel sur les autres, et non l’inverse.

A leur lecture, on constate d’ailleurs un paradoxe effarant : alors qu’ici, en le voyant si proche des pécheurs, les pharisiens s’inquiètent pour l’intégrité de Jésus, l’histoire montrera que c’est en leur présence qu’Il aura le plus à craindre pour Sa vie. Jésus, semble-t-Il, n’a à faire face à aucun danger, aucune tentation réelle au milieu des publicains, la grossièreté et la vulgarité n’ayant aucun attrait pour Lui. Il en sera tout autre face aux pharisiens qui, inspirés par Satan, sauront jouer avec subtilité des appâts correspondant le mieux au sens de Sa vocation : Matt 22,15-16 ; 27,41 à 43. A chacun de nous correspond un milieu qui risque le plus facilement de mettre en péril son intégrité Pour les hommes de Dieu aguerris, le danger n’est pas toujours là où il est pour les autres, ou là où on le pense.

Que Dieu nous donne grâce, sagesse et humilité pour discerner les ruses et les pièges subtils et grossiers qui se trouvent sur notre chemin !